Le petit dictionnaire des vrais et faux frères d’Alain Bauer et Roger Dachez paru aux éditions Flammarion témoigne de la volonté des auteurs de « faire un tri » tout en respectant l’intimité de nos contemporains silencieux sur leur appartenance. Loin du sensationnalisme d’une certaine presse avide de marronniers vendeurs, ce dictionnaire est aussi un moyen d’affirmer la fierté des appartenances ou d’un partage de valeurs avec la franc-maçonnerie.

     Découpé en cinq chapitres, ce petit ouvrage que l’on parcourt comme tout dictionnaire dans le désordre plutôt que dans l’ordre commence par Les ancêtres, « Pour s’amuser ou pour abreuver d’authentiques légendes » et l’on y découvre en deux pages Adam, Eve, Noé, Salomon, Jésus et Charles Martel qui, selon les Anciens Devoirs en usage au Moyen Age chez les maçons opératifs aurait introduit la franc-maçonnerie en Europe.

     Le deuxième chapitre permet de passer de la légende à l’histoire par l’évocation de l’évolution de ces Anciens Devoirs, une « histoire du métier » de maçon fabuleuse, légendaire et mythique. Le maçon devait alors jurer de respecter Dieu, la Sainte Eglise, son roi et le maître du chantier avant qu’on lui révèle ses devoirs en jurant sur la Bible. Au XVIème siècle, en Ecosse, la « loge » désigne les maçons d’une région dont la juridiction permanente contrôle la progression et arbitre les conflits entre ouvriers et employeurs. Dès le premier tiers du XVIème, ces loges reçoivent des bienfaiteurs et des membres honoraires, des notables sous le nom de Gentlemen Masons. Et c’est en Angleterre en 1646 que l’ « antiquarian » Elias Ashmole est reçu comme tel.

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     Mais le véritable acte de naissance de la franc-maçonnerie date de 1717 dans une petite taverne du quartier Saint Paul de Londres nommée L’oie et le Grill et dès lors, les personnalités les plus diverses du domaine des lettres, des sciences, des arts et de la foi vont s’y illustrer. Elle parvient en France dans les années 1720 où princes du royaume, membres du clergé, fine fleur des lettres vont se retrouver avant que la bourgeoisie ne fournisse le gros des troupes. La tourmente révolutionnaire des la dernière décennie du XVIIIème siècle verra plus de frères parmi les guillotinés que parmi les guillotineurs et les intérêts de classe l’emportent sur les grands principes, la célébration des beaux arts  ou la pratique de la vertu et de la bienfaisance.

     Dans ce siècle dit des Lumières et pour les auteurs d'Or, les maçons illustres sont notamment, Alexandre et Eugène de Beauharnais, Jean-Baptiste Bernadotte, maréchal devenu roi de Suède, des membres de la famille Bonaparte, Washington du côté politique, Cagliostro, Casanova ou Fouché pour les aventuriers peu scrupuleux, Benjamin Franklin, Monge ou Eugène de Montgolfier pour les sciences et techniques, les écrivains Goethe, Robert Burns, auteur du célèbre Chant des adieux, Goethe, Laclos, Maine de Biran, Joseph de Maistre, Swift ou Voltaire, les musiciens Jean-Chrétien Bach, fils du compositeur, Chérubini,  Haydn ou Mozart.

     Le XIXème siècle pour nos deux auteurs celui des Destins contrastés. Alors qu’elle devient au Royaume-Uni un des trois piliers du royaume avec l’Eglise d’Angleterre et la monarchie « un des trois piliers » du royaume, intégrée dans l’establishement, l’évolution diffère en France. Sous la domination de régimes autoritaires, le sloges du pays deviennent le refuge des libéraux, des républicains et des révolutionnaires unis contre la monarchie et le clergé. Elle devient progressiste et « libre-penseuse » s’impliquant dans la vie sociale et politique. Aux cadres militaires du début de l’Empire vont succéder des personnages comme Proudhon, Louise michel, Louis Blanc ou Jules Ferry et les frères, comme sous la Révolution vont se ranger pour ou contre la Commune qui à Pris qui en province en attendant des jours meilleurs.

     On y rencontre des personnalités aussi disparates qu’Abd El-Kader, Simon Bolivar, Mustafa Kemal en politique internationale, le comte de Cavour, les Américains William Cody alias Buffalo Bill, Samuel Colt, Davy Crockett, Albert Pike et plusieurs présidents, Gambetta, Garibaldi, Emile Combes ou Victor Schoelcher, le peintre Juan Gris ou des écrivains comme Pouchkine, Stendhal,  Walter Scott, Mark Twain ou Jules Vallès.

     Le XXème siècle sera Le siècle de toutes les équivoques avec une césure de plus en plus marquée entre la maçonnerie anglo-saxonne, dite régulière et se définissant comme régulatrice, et une maçonnerie refusant toute inféodation située essentiellement en France et en Belgique. Alors  que « les francs-maçons illustres » anglo-saxons sont essentiellement artistes, savants ou sportifs, ils sont presque uniquement politiques en France. Les célébrités ont aujourd’hui désertés les loges ici comme ailleurs tandis que les « vrais faux-maçons » qui n’ont jamais passé les portes du temple se multiplient. Autre « french paradox », les effectifs de notre pays ont triplé en trente ans quand il sont à la baisse ailleurs. Si selon Alain Bauer et Roger Dachez, le maçon du futur sera moins illustre, sinon comme inconnu, en sera-til moins vivant ?

    Les Américains s’illustrent dans l’espace avec Buzz Aldrin, deuxième homme sur la Lune après le frère Neil Armstrong, que plus personne ne confond désormais avec son frère en maçonnerie le musicien Louis du même nom, et encore moins avec Count Basie, mais aussi avec John Glenn, premier Américain à voler en orbite, plus près des nuages l’aviateur Charles Lindbergh et sur terre avec encore quelques présidents et de nombreux artistes comme Olivier Hardy, Harold Lloyd ou John Waine. Les frères en politique s’appellent ailleurs Allende, Edvar Bénes, le contestable Omar Bongo, Churchill, ici Arisitide Briand, Pierre Brossolette, Mendès-France, Jean Moulin et Jean Zay ou les plus contemporains Gérard Collomb, Xavier Bertrand ou Bertrand Delanoë. Du côté des écrivains le célèbre Rudyard Kipling apparaît comme le seul à l’envergure internationale quand la musique se trouve représentée par le génial Finlandais Sibélius.

 

Le petit dictionnaire des (vrais et faux) frères d'Alain Bauer et Roger Dachez

Flammarion

17 €