« L'article 676 de la Règle du Temple est lapidaire : « Vous promettez de conquérir la Sainte Terre de Jérusalem ».

Or, en 1128, date de la rédaction de cette phrase, Jérusalem est aux mains des croisés depuis 1099. Et s'il ne s'agissait pas de la même Jérusalem terrestre ? Et s'il sagissait d'une autre Jérusalem? »

 

     Jacques Rolland, spécialiste de l'Ordre du Temple et de la Franc-maçonnerie revient aux éditions Trajectoires avec Le lourd Secret des Templiers.

     Ordre militaro-religieux destiné a priori selon les chroniqueurs à la reconquête du tombeau du Christ, comptant environ 30 000 hommes issus de l'élite de l'élite dans ses rangs, possédant 4 000 000 d'hectares et administrant 9 000 commanderies en Occident, l'Ordre du Temple a obéi à un engrenage d'événements et une volonté de puissance de ses fondateurs éloignés des fondations officielles de Naplouse (1118) ou de Troyes (1128).

     Dans la première partie de son ouvrage, Jacques Rolland insiste sur les prestigieux « parrains » de l'ordre ainsi que sur la Règle de Saint Augustin et son concept de la « Cité de Dieu » qui marque la prédominance du spirituel, s'appuyant cependant sur un solide terrain matériel.

     La deuxième partie de l'ouvrage est pour Jacques Rolland l'occasion de démontrer que les Templiers tentèrent des expériences sur le point de réussir en Aragon ou au Portugal pour l'Occident et dans le comté d'Edesse pour l'Orient.

     Ce lourd secret d'un Etat templier plus ou moins universel ne sauta pas aux yeux des chroniqueurs ou des hommes d'armes préoccupés par d'incessantes croisades mais ce fut bien la volonté et la finalité de l'ordre affichée et déterminée depuis des décennies.

     C'est ainsi que nous voyons bien avant le concile de Troyes des chevaliers bourguignons plus ou moins cousins aider les « sécessionnistes » de la province du Portugal, dont le premier roi fut bourguignon, dans la reconquête de la péninsule ibérique. Que nous voyons se faire jour l'influence décisive de Gerbert d'Aurillac, qui après trois années d'un parcours « initiatique » andalou assez obscure devenir le pape Sylvestre II. Nous découvrons aussi qu'Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon et de Navarre, créer une milice religieuse dite « milice belchite », remettre aux Templiers à peine fondés le château fort de Calatrava qui s'illustrera dans la reconquête sur les Almoravides et céder dans un testament contesté un tiers de son royaume à l'ordre du Temple qui refusera mais obtiendra en contrepartie de très consistants avantages tels une exemption totale de taxes et d'impôts et l'assurance qu'une paix avec les Arabes ne sera pas signé sans leur accord en cas de guerre où ils auront participé. Fort curieux et inouï pacte politique qui relève certainement selon Jacques Rolland « un objectif beaucoup plus vaste, lié non à la reconquête mais vraisemblablement à la création d'un royaume d'inspiration « templière » ou du moins la mainmise sur celui-ci. Jacques de Mollay se rendra lui-même en Aragon et le père de Philippe le Bel, Philippe III nourrira des griefs contre les rois de cette province comme on le voit dans la « fameuse croisade d'Aragon », échec total en 1288, menée par Charles de Valois.

     Les chapitres consacrés au comté d'Edesse, Ascalon ou la forteresse de Kérak montrent que l'ordre du Temple poursuivaient le but ultime de créer des états templiers avec la suprématie du spirituel sur le temporel. Des tentatives de coup d'état qui ne relevaient pas des missions officielles de l'ordre mais qui tendent à prouver que les Templiers protégèrent jusqu'à leur dernier souffle trois importants secrets d'ordre dynastique, matériel et spirituel.

     Un ouvrage qui bat en brèche des visons de l'histoire stéréotypées, qui témoigne d'une vaste érudition et d'une modestie dans les propositions qui devraient influencer plus d'un véritable cherchant.

 

Le Lourd Secret des Templiers

Jacques Rolland

Editions Trajectoires

18 €

ISBN 978-2-84197-670-6