Christian Doumergue, auteur de L'Ombre des Templiers, ouvrage chroniqué dernièrement sur Lettres Maçonniques, a souhaité répondre à nos questions. Il nous livre les origines de sa passion templière, ce qui l'a pasionné dans ses recherches et ses projets éditoriaux.

 

     L.M. : La passion templière qui vous anime est-elle liée à vos travaux sur Rennes le Château ou à d'autres éléments biographiques ?

     J’ai croisé les Templiers avant l’affaire de Rennes-le-Château. Étant enfant, le mystère et les histoires de trésors me passionnaient, et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré pour la première fois les chevaliers aux blancs manteaux. Il y a donc cette fascination-là, primordiale, rattachée au monde de l’enfance et de ses rêves éveillés. Par la suite, j’ai évidemment croisé l’Ordre du Temple dans la littérature cristallisée autour de l’abbé Saunière. L’hypothèse rattachant l’hypothétique trésor de Rennes-le-Château au trésor des Templiers est marginale et je n’y ai jamais prêté une grande attention, mais les Templiers sont par contre au centre de la mythologie du Prieuré de Sion élaborée par Pierre Plantard. Et en m’intéressant à ce dernier, je ne pouvais que m’absorber dans la lecture, magique, d’un des livres par lui inspirés à Gérard de Sède : Les Templiers sont parmi nous. C’est un de ces livres qui « romantisent » le monde ! Pour autant, la passion templière qui m’anime est-elle liée à mes travaux sur Rennes le Château ? Disons, pour être plus exact, que cette passion reflète les mêmes préoccupations que mon intérêt pour l’affaire de Rennes. Car c’est la même chose qui rayonne au centre de ces deux mystères. Ils reflètent la même Source.

 

 

Ombre des Templiers photo auteur

 

Christian Doumergue

 

 

    

     L.M. : Qu'est-ce qui vous a passionné dans vos découvertes sur les mystères templiers ?

    

    Une des choses qui m’a le plus saisi c’est de constater la permanence de la fascination templière. À partir du moment où ils ont disparu, les Templiers n’ont jamais cessé d’être dans tous les esprits. Des traditions orales se sont développées à leur sujet, des toponymes ont gardé leur souvenir, toute une littérature s’est progressivement constituée autour d’eux. Je crois qu’on peut dire de ce phénomène de persistance mémorielle qu’il est unique, du moins dans cette ampleur, et pour un ordre de ce type. C’était donc un sujet particulièrement riche, parce que couvrant une période courant de façon ininterrompue du Moyen Age à nos jours.

     Si j’ai été réellement captivé par toutes les manifestations de cette « empreinte » templière, les recherches menées au sujet de certaines d’entre elles m’ont paru plus particulièrement stimulantes. C’est le cas des légendes de fantômes templiers, attestées à travers tout le territoire. Les folkloristes du XIXe en ont recueilli beaucoup. Or, un élément fascinant à ce sujet, c’est que derrière ces légendes, tantôt hostiles aux Templiers, tantôt positives à leur sujet, on retrouve le paysage culturel et « politique » de la France des Templiers. Les terres soumises à Philippe le Bel et donc à sa propagande hostile aux Templiers ont développé des récits terrifiants à leur sujet. Inversement, les terres insoumises au roi ou plus indépendantes, ont vu naître un légendaire fantastique donnant le beau rôle aux moines-soldats. Voilà un point fascinant : comment le passé survit à travers la légende et comment celle-ci, correctement comprise, nous enseigne…

    Un autre point qui m’a captivé lors de mes recherches, et me fascine encore, c’est l’émergence de la Maçonnerie templière. Même si on est là encore dans le mythe, je pense que ce dernier ne naît pas ex-nihilo. Or la genèse de cette généalogie templière de la Maçonnerie pose bien des questions. On devine que ce discours est né chez les rosicruciens allemands et que ceux-ci s’en servent pour instrumentaliser certaines loges. Mais qu’il y ait instrumentalisation ne doit pas, à mon sens, éluder la question du fonds littéraire et traditionnel à partir duquel cette généalogie mythique s’est développée… Cela pose une question – que l’on retrouve ailleurs, comme en Catalogne : certains Templiers auraient-ils, après la chute de l’Ordre, cherché à donner une forme de continuité à leur Ordre ? Je ne crois pas qu’il faille balayer cette question d’un revers de la main. À mon sens, il y a une vérité à trouver entre la légende et l’histoire « académique ». 

   

     L.M. : Trouvez-vous un lieu particulièrement chargé de l'imaginaire, de la présence ou des légendes templières ?

 

    Peut-être que le lieu qui est le plus chargé pour moi est l’église de Planès dans les Pyrénées-Orientales. Une église que la tradition locale relie tantôt aux templiers, tantôt à l’occupation musulmane de la région … Son architecture est extrêmement particulière. Elle ne ressemble à rien de connu ! Il est ainsi certain que le bâtiment initial n’était pas une église, que c’est un sanctuaire qui a été transformé en église. Les tenants de l’origine templière y voient un temple initiatique érigé par les derniers Templiers pour délivrer un message aux générations futures. Auréolé de ce mystère, le petit édifice est une porte ouverte sur le Mystère… Il dégage quelque chose de très particulier.

Eglise de Planès pour Lettre Maçonniques (CDoumergue)

Eglise de Planès   

     L.M. : Quels sont vos projets éditoriaux ou médiatiques ?

 

Je travaille actuellement sur la suite de mon roman Péchés Originels, publié il y a un an. J’ai aussi d’autres études en cours, toujours dans le domaine du Mystérieux Inconnu. Ici comme là, je continue à suivre le fil d’Ariane que j’ai commencé à dénouer dans mon livre Le Secret dévoilé… En attendant qu’un jour soit publié une suite de ce dernier livre, je conçois mes autres ouvrages comme autant de pièces d’un même puzzle.