Marc Halévy, auteur de nombreux ouvrages sur la kabbale, a fraternellement répondu aux questions de Lettres Maçonniques après la parution récente de son ouvrage, Kabbale érotique et mystique, Le Cantique des Cantiques, paru aux édiitons Dangles. Qu'il en soit remercié... en attendant de le retrouver sur Lettres Maçonniques.

 

Lettres Maçonniques  : Comment en êtes-vous arrivé à cette connaissance de la kabbale ?

      Je suis né dans une famille juive sépharade du Nord (exilée à Amsterdam après notre expulsion d'Espagne en 1492) où le Cantique des cantiques était, comme souvent, à l'honneur. Lors de mon parcours d'étude en philosophie et histoire des religions, aux Etats-Unis, j'ai rencontrer un rabbin, professeur de philosophie juive, qui est devenu mon maître en kabbale. Sous sa conduite, j'ai produit une thèse sur les 613 mitzwot ("commandements") contenues dans la Torah. A cette occasion, il m'a initié au quatre niveaux de la lecture du texte : le niveau littéral (Pshat), le niveau poétique (Rémèz), le niveau philosophique (Drash) et le niveau mystique (Sod) dont les initiales forme l'acronyme PaRDèS qui signifie "verger" et qui a donné, en français, le mot "paradis".

 L.M. : Qu'est-ce que le kabbaliste que vous êtes, a découvert dans Le Cantique des cantiques ?

      Le Cantique des cantiques est considéré, dans la tradition ésotérique juive, comme un des livres mystiques par excellence (avec les premiers chapitres de la Genèse et la vision d'Ezéchiel). Trois personnages s'y débattent : la Shoulamit qui personnifie l'âme du cherchant, Shlomo qui est le Roi, le Bien-Aimé et les "Filles de Jérusalem" qui incarnent la bien-pensance. Toute l'intrigue consiste à comprendre que le Roi qui fascine tant la Shoulamit n'est peut-être pas le Bien-Aimé qui, tout au long du livre, n'apparaît que dans les mots qu'elle prononce. On peut ainsi penser que le Divin s'offre sur deux niveaux : le Dieu de la religion qui est le Roi, et le Divin de la mystique qui est le Bien-Aimé.

 L.M. : En quoi cette connaissance participe-t-elle à la co-naissance de l'homme à notre époque ?

      Notre époque doit faire face à un terrible vide spirituel, conséquence dramatique du travail de sape de la philosophie des "Lumières". Celle-ci a voulu faire table rase de toute tradition religieuse et a entamé la longue et lente désacralisation du monde, de la Vie, de l'Esprit, du Cosmos. Aujourd'hui, l'humanité est orpheline : elle a rejeté le Père-Divin et a détruit la Mère-Terre. Et elle a peur. Elle sent qu'elle est dans le vide, que, comme le disait Nietzsche, "tout ce qui a un prix n'a aucune valeur", que la marchandisation généralisée est une absurdité et que le sens et la valeur de l'homme ne sont pas en l'homme mais bien au-dessus de lui. L'humanité doit, de toute urgence, retrouver sa place - qui doit être la plus petite possible - au sein de la Nature. Ce n'est pas l'homme qui est sacré. Ce sont la Vie et l'Esprit qui consacrent l'homme s'il consent à accomplir son destin.

 L.M. : Pensez-vous que la guématrie permette, comme à Michaël Drosnin dans Le Code secret de la Bible ou sur de nombreux sites, de découvrir dans le texte biblique des messages plus profanes ?

      Ces approches sont simplement ridicules. L'avenir n'est écrit nulle part : c'est cela le message central du TaNaKh (acronyme hébreu de la Bible dans son ensemble contenant la Torah, c'est-à-dire le Pentateuque, les Nabiim, les Prophètes, et les Kétoubim, les Ecrits). Le monde est inachevé et il revient à l'homme éveillé, dans le cadre de son Alliance avec le Divin, de l'accomplir en Pureté. Et l'homme éveillé est libre au contraire des humains aveugles qui sont esclaves d'eux-mêmes. Avec des combinaisons de chiffres et de nombres, on peut toujours faire dire n'importe quoi et son contraire à un texte. Il suffit, pour s'en convaincre, de constater l'usage que font les politiciens des statistiques nationales.

 

L.M. : Quels sont vos projets éditoriaux ou autres ?

      A la rentrée de septembre paraîtra mon "Eloge du Romantisme - La contre-modernité". Un peu plus tard, un "Hiram, Salomon et le Temple - Les fondamentaux de la Franc-maçonnerie". Et en fin 2016, une "Philosophie de l'Alchimie".

Editions Dangles

20 €