« Adhérer sans restriction à une religion perçue comme épuisant toutes les possibilités de l’humanité constitue

un affront à la maturité aussi grave que de passer une vie entière sous la tyrannie contraignante d’un seul rêve ».

Carl Gustav Jung

 

 

     Alors que la France vient de connaître les attentats de Paris des 07 au 09 janvier, que le nombre de candidats à un jihad extérieur et perverti augmente à l’instar des incidents antisémites, qu’un sondage Ipsos-Le Monde de janvier 2013 témoigne que 74 % des sondés jugent l’islam  comme une religion « intolérante » et que 80 % estiment que la religion musulmane cherche « à imposer son mode de fonctionnement aux autres », il est temps pour chacun de faire son aggiornamento.

     Du côté chrétien, il reste bien des progrès à faire mais cet aggiornamento a commencé il y a déjà lurette et, bien ou mal, le poids de la religion et des traditions qui ont imprégné la culture européenne s’est nettement allégé.

     Il convient donc de laisser la parole à certains musulmans pour comprendre ce qui ne va pas et ce qui pourrait aller mieux.

     On peut déjà regarder du côté du philosophe Abdennour Bidar qui à la suite du sondage de 2013 convient que celui-ci s’explique par des facteurs externes aux musulmans comme « la crise économique, une mondialisation subie, un fond d'intolérance ou de racisme ordinaire irréductible, la part des fantasmes face à un "grand méchant" dont on aurait besoin, la surinterprétation du religieux, un certain populisme et relativisme ainsi que le rôle des médias, des politiques et des intellectuels ».

    Cependant, pour le philosophe, ce sondage constituait un avertissement à l'islam ; l'idée que celui-ci a un problème avec lui-même et qu'il a du mal à se régénérer, à s’autocritiquer et à communiquer.. Il est urgent que les musulmans s'interrogent de façon critique sur leur religion et sur leur communication. « Si, face à ces nouveaux chiffres, les musulmans une fois de plus parlent de stigmatisation, et invitent à ne pas faire d'amalgame entre une certaine radicalité minoritaire et l'islam modéré, il s'agira une nouvelle fois d'une réaction de déni et d'auto-déresponsabilisation. »

    Pour le philosophe, les principaux problèmes de l'islam vis-à-vis de lui-même « sont ceux de l'indiscutabilité de ses textes et de la place des femmes. On a le sentiment que cette réflexion est indéfiniment ajournée. Or cette incapacité à se remettre en question est dangereuse et coûteuse pour l'islam. Les responsables musulmans devraient inviter à une critique de la raison islamique et les musulmans adhérer davantage à la modernité. »

    Toujours du même intellectuel engagé, au sens fort du terme, on pourra lire sa très profonde Lettre ouverte au monde musulman, sur le blog Lab’Oratoire à l’adresse http://blog.oratoiredulouvre.fr/2014/10/tres-profonde-lettre-ouverte-au-monde-musulman-du-philosophe-musulman-abdennour-bidar/

    Pour une révolution non plus seulement sociétal, civique ou laïque, il semble intéressant de se plonger dans le livre, petit mais costaud, de Mahmoud Hussein, pseudonyme commun de Bahgat Elnadi et Adel Rifaat, paru en 2013 : Ce que le Coran ne dit pas. Après le retour d’une  Egypte qui n’a pas selon eux particulièrement changé dans le bon sens au terme de 20 ans d’absence, les auteurs partent « à la recherche des contrées de l’intelligence musulmane où, depuis les premiers temps, la foi est fécondée par la liberté de conscience personnelle ».

 

     Se plongeant notamment dans la Sîra, chronique des faits et gestes du Prophète, corpus lui rendant son humanité et restituant à la Révélation son contexte historique, les deux auteurs démontrent avec intelligence que la Parole de Dieu est indissociable du temps et de l’espace, l’Arabie du VIIème siècle et que Dieu intervient parfois sur des sujets purement circonstanciels, quitte à ce que le Prophète Mahomet revienne sur ce qu’il a pu dire auparavant. Ce qui fait que le Coran ne peut plus dès lors être lu comme un ensemble de commandements et d’interdits valables en tous lieux et en tous temps mais sollicite une capacité de discrimination  et de choix, faisant appel à l’intelligence du cœur. Texte de combat, ce petit procède d’une démarche « la lecture du Coran ne doit être, ne peut être qu’un acte de liberté ».Même si pour les auteurs « depuis plus de mille ans, les guides de la pensée musulmane font tout pour empêcher d’accéder librement au Coran et que celui qui doute de la validité absolue de tous ses versets est alors considéré comme non musulman. Et confondent Dieu et sa parole, l’absolu et le relatif, le général et le particulier, le perpétuel et le circonstanciel.

    En guise de conclusion provisoire, et alors que les ventes de Coran ont été multipliées depuis début 2015 dans les librairies parce que les non-musulmans se montrent soucieux de mieux comprendre cette religion, rappelons ces paroles de Mahomet qui devrait faire réfléchir les tenants de l’Islam fondamentaliste :

« Parmi ses signes est la création des cieux et de la terre et la diversité de vos langues et vos couleurs. Il y a en cela des signes certains pour les gens qui savent » (XXX, 22).

La parole circule…

Ce que le Coran ne dit pas

Mahmoud Hussein

Grasset

9 €