« Après la semaine de la Passion qui vient de s’achever, le dimanche de Pâques, comme le dernier jour de la Genèse, n’est qu’un temps de triomphal repos. La métamorphose du corps du Christ au sein du tombeau va enfin révéler le grand mystère de la Résurrection, qui correspond pour l’alchimiste  à l’obtention de la pierre philosophale. »

    Séverin Batfroi, spécialiste de l’alchimie occidentale et de ses rapports avec la tradition chrétienne présente l’aboutissement de ses travaux dans ce domaine avec son livre  La Voie de l’alchimie chrétienne paru au Mercure Dauphinois.

     Partant du postulat que l’Histoire Sainte a souvent influencé, en occident, les écrits alchimiques, les écrits des alchimistes, Séverin Batfroi revient avec cet ouvrage sur les erreurs qu’il dot avoir commises dans un écrit de jeunesse paru en 1976 et intitulé Alchimie et Révélation chrétienne.

     L’auteur a choisi de situer son sujet par rapport à l’évolution de la pensé alchimique en général pour comprendre comment et pourquoi on a pu mettre en parallèle symbolisme alchimique et fait religieux.

     Cependant Séverin Batfroi replace le développement de l’alchimie occidentale de tradition chrétienne dans le tronc commun qu’elle partage avec les autres voies d’Orient et d’Occident afin de montrer comment se développa au sein de la tradition chrétienne une voie initiatique particulière les opérations alchimiques au symbolisme de la liturgie. Mais il s’agit aussi pour l’auteur de répondre aux déviations de l’idéal religieux, symbolique et mythique de l’être humain tel que le promeut notre époque technocratique et matérialiste où se mêlent l’intégrisme religieux et le sectarisme idéologique. Et de répandre et réapprendre la dimension spirituelle qui est la nôtre.

    Les deux premiers chapitres reviennent sur les bases sur lesquelles s’est construite la pensée alchimique via le passage des forgerons archaïques à l’alchimie arabe et sur les relations étroites entre christianisme et alchimie  pour montrer à quel point « les anciens alchimistes considéraient que la théurgie n’était autre chose qu’une spécification de la science d’Hermès ».

    Au cours des chapitres suivants, Séverin Batfroi constate que « c’est la pierre alchimique du troisième ordre qui correspond symboliquement et de façon parfaite au Christ, dont les phases de la vie retracent sur le sol de Judée, les différentes métamorphoses du corps minéral par les alchimistes sur leurs travaux ».

    Sa démonstration s’appuie dans ces chapitres III à VI sur la Pierre Philosophale en rapport avec le cycle liturgique de Noël, les cendres du carême  dans leurs relations avec les phases préliminaires du Grand Œuvre et la semaine des semaines, la Semaine Sainte, des alchimistes.

    Le chapitre VII interroge la voie du Salut pour montrer que le travail au laboratoire de l’alchimiste chrétien révèle d’une nécessité d’ordre cosmique : « le Christ est bien le Verbe incarné […] alors que la pierre philosophale est ce même Verbe indifférencié, qu’il lui sera loisible de spécifier aux trois règnes naturels » . Tandis que les traités anciens prétendent illustrer le processus de Rédemption de la Matière et que la mort constitue une étape vers une vie nouvelle au terme d’un processus de putréfaction qui ne colle pas vraiment avec les Evangiles où l’on voit le Christ passer de la mort à une vie nouvelle en quelques heures sans passer par une décomposition du corps.

    Le chapitre VII, Des Ténèbres à la Lumière, rappelle que la Rédemption peut être considérée par le chrétien comme un exorcisme à l’échelle humaine mais que l’alchimiste chrétien considère que l’Art d’Hermès est la seule voie de rédemption possible « sans exclure toutefois le christianisme ». Une brève analyse du phénomène de mort permet de constater que dans la perspective chrétienne et alchimique, la matière possède, malgré d’apparentes contradictions, une double nature : elle est à la fois une « prison » dans le sens gnostique du terme, mais aussi un instrument de rédemption, à condition que la purification soit constante, jusqu’à l’obtention d’une substance sublimée  devenue apte à « révéler » l’Esprit.

    Le chapitre VIII, Le chaos des sages et le feu secret, étudie le baptême et le sel baptismal, les rites réclamant l’emploi des Huiles et du Chrème, la bénédiction, l’exorcisme et l’œuf philosophal avant que le chapitre IX n’insiste sur la constante association, dans la symbolique alchimique, des eaux et du mercure, exprimée de manière analogue par la Vierge Marie. Le chapitre X s’intéresse à la rédemption de la matière et aux jours qui suivent la Résurrection en se penchant sur l’Ascension et la Pentecôte.

    Ce dense et brillant ouvrage se clôt sur un chapitre intitulé Pour demain où l’auteur se penche sur « le plus parfait exemple d’alchimiste chrétien » que fut Pierre-Jean Favre qui effectua des transmutations publiques au XVIIème siècle, sur l’adaptation de l’alchimie chrétienne à la Franc-Maçonnerie ainsi que sur l’identité de Fulcanelli que Séverin Batfroi identifie après quelques rares autres cherchants à Paul Decoeur qui mena le Grand Œuvre jusqu’ à son terme, manifesta toujours une volonté farouche d’anonymat et fut apparenté indirectement à la famille de Lesseps. Une démonstration s’appuyant entre autres sur un des livres de compte de Jean  Schemit, éditeur des « Fulcanelli ». Ce parcours dans la voie de l’alchimie chrétienne s’achève sur l’évocation de deux grandes figures de l’alchimie moderne que furent pour l’auteur Guy Béatrice et Henri-Coton Alvart.

La Voie de l’alchimie chrétienne

Séverin Batfroi

Le Mercure Dauphinois

18.50 €