« Nous ne pouvons avoir aujourd’hui la moindre idée à la moindre idée des techniques énergétiques de l’homme primordial qui procédaient sans doute des pouvoirs du corps et non de ceux des outils, sauf à espérer retrouver ces pouvoirs un jour par la clarification même des ressorts métaphysiques de la parole perdue. »

 

     La fin de l’ésotérisme, texte fondamental devenu introuvable et réédite aux éditions du Châtelet, témoigne de l’importance et de la vigueur de la pensée de Raymond Abellio (1907-1986).

     Ecrivain connu pour une œuvre romanesque d’inspiration et d’essence métaphysiques, son œuvre philosophique interroge le sens et les enjeux de la connaissance, communication avec l’ineffable.

 

    La fin de l’ésotérisme, où l’auteur s’appuie sur les deux sens du mot « fin »,  contient cinq exposés consacrés aux doctrines ésotériques et à leurs applications en astrologie, alchimie, magie ou en techniques de divination. Selon Abellio, nous vivons la fin d’un cycle historique et entrons dans une période de désoccultation de la tradition cachée passant notamment par la recherche d’une homologie entre la Kabbale, les hexagrammes du Yi King et les codons de l’ADN.

    S’appuyant sur le philosophe Husserl, d’éminents scientifiques ou astrologues du XXème siècle, Abellio pense que l’occident doit tenir un rôle éminent  et faire confiance en son exigence fondamentale de rationalité.

    Après un premier exposé consacré à une définition de la doctrine ésotérique traditionnelle vue de l’extérieur et sa critique externe ainsi qu’aux preuves de l’existence de sa tradition, Abellio passe à la critique interne pour tenter de désocculter cette tradition et d’en reconstituer le sens dans notre langage d’aujourd’hui. Y sont étudiés les problèmes fondamentaux de la « structure absolue » et du symbolisme de la croix considéré comme intégrant tout symbolisme et celui de la transfiguration. Abellio s’y appuie sur l’Arbre des Séphiroth, les hexagrammes du Yi King mais également le Tao, les Upanishads, le bouddhisme zen et la tradition chrétienne « dans son sens spirituel vrai ».

    Abellio étudie ensuite les problèmes que pose cette tentative de désocccultation vis-à-vis de la science aujourd’hui. Un exposé centré sur les techniques, « qui sont plutôt des arts », ésotériques de l’alchimie et de l’astrologie.

    Le quatrième entretien qui selon Abellio « pourrait s’intituler « Science moderne et science traditionnelle : l’exemple de l’alchimie et le problème de la transsubstantiation » tandis que cinquième « De la connaissance initiatique à la sagesse prophétique : l’exemple de l’astrologie » marque le passage de la tradition à la résolution quant à la formulation des doctrines et à leur incarnation vécue.

    Sa thèse générale consiste à considérer l’ésotérisme comme une doctrine et une praxis impliquant pour l’être, corps, âme et esprit, un mode « fondamentalement »  différent d’existence. Ses autres propositions se résument à l’idée que la tradition primordiale a été donnée d’un seul coup tout entière mais voilée, que cette tradition est une métaphysique et non une morale et que c’est aux hommes d’aujourd’hui d’expliciter cette tradition en passant d’une simple « participation » à une vraie « connaissance. Un passage de la mystique à la gnose non linéaire mais dialectique et impliquant des distinctions entre l’âme et l’esprit, la raison naturelle et la raison transcendante, l e mental et le supramental, l’intelligence de la tête et celle du cœur. Enfin, que le problème clé de l’ésotérisme et de sa fin est la transfiguration du monde dans l’homme, problème de la « seconde mort ».

     Un ouvrage dense qui fait appel à l’intelligence d’un lecteur  qui en ressort plus conscient de la  structure absolue à l’œuvre dans une connaissance ésotérique renouvelée.

 

La fin de l'ésotérisme, Presses du Châtelet, 19.95 €