« Le bon usage de la liberté quand il se tourne en habitude s'appelle vertu ; et le mauvais usage de la liberté quand il se tourne en habitude s'appelle vice. 

Bossuet             

  

     Yann-Hervé Martin, auteur du Petit traité de la liberté intérieure, invite dans cet ouvrage qui n’a de petit que la longueur à emprunter le chemin permettant à chacun  de retrouver le sens d’une authentique liberté intérieure.

 

     En trois itinéraires allant de du bien à l’amour en passant par la liberté, cet agrégé de philosophie et conférencier à l’école de management de Strasbourg nous propose de renouer avec la sagesse antique, reprise par le christianisme et reformulée jusqu’à l’époque moderne. Une conception du monde et un choix pour la vie où la philosophie apparaît comme un exercice spirituel salutaire. Lequel permet de libérer nos conduites modelées par des normes sociales acceptées sans les interroger, de se libérer d’un conformisme nous poussant à vouloir « être comme les autres » et à ne plus réduire la liberté à un sentiment de bien-être ou d’autosatisfaction.

     Une conversion du regard et un passage du plaisir à la joie qui permet de dépasser notre prétendue autonomie et notre soi-disant libre arbitre pour oser la loi naturelle, choyer le bien pour choisir l’amour action et celui de Dieu.

Préfacé par Rémi Brague, écrivain, philosophe, universitaire, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive, et connaisseur de la philosophie grecque cet ouvrage permet de trouver une liberté sans commune mesure avec les échappatoires prodiguées par une époque en mal de repères.

     Yann-Hervé Martin a spontanément répondu à nos interrogations sur son ouvrage et sa démarche. Qu’il en soit remercié.

 

 

     Comment le projet du livre vous est venu ?

     Suite à une conférence de Rémi Brague au cours de laquelle j’ai entendu cette phrase qui m’avait beaucoup intrigué : « Il n’y a de liberté que pour le Bien ». Ce livre est en quelque sorte une méditation de cette formule.

 

     Que pouvez-vous nous dire à propos de l'espace sacré que vous nommez "temple" cet "espace sacré où se révèle ce qui en chacun de nous est infiniment digne de respect ?

     Il est ce lieu qui en tout homme révèle ce qu’il a de plus sacré, d’inconditionnellement digne de respect, quelles que soient ses faiblesses, ses fragilités ou ses fautes. Dans un langage chrétien, c’est au plus profond de nous même ce qui témoigne que « nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu « , même quand cette ressemblance ne va plus de soi. S’il m’arrive d’appeler « temple » cet espace intérieur infiniment précieux qui nous relie à ce qu’il y a en nous de divin, c’est d’une certaine façon pour entendre littéralement le verbe « contempler ». C’est en contemplant en tout homme ce qui en lui porte l’image de Dieu que nous pouvons aimer ce qu’il porte de plus humain.

 

    Quelles sont vos différentes conceptions de l'amour exposées dans la dernière partie de votre livre ?

    J’essaie dans ce livre de montrer que l’amour s’apprend, ce qui signifie aussi qu’on ne saurait le réduire à une simple émotion. Je dois d’ailleurs avouer que je déteste l’expression « tomber amoureux ». Un amour authentiquement humain n’est jamais une chute. Sous sa forme première, aurorale, je crois que l’amour est amour de soi, amour de la vie en soi. Il se corrompt ensuite en amour propre, amour préférentiel pour soi seul aux dépens de tout autre. L’amour-passion n’est alors qu’une forme de cet amour-propre qu’il faut pouvoir apprendre à dépasser dans « l’amour-action ». C’est en lui que se révèle que tout amour authentique tend vers ce qui le dépasse et lui donne sens, vers ce Dieu-Amour qui est au cœur de la révélation chrétienne.

 

    Que vous a apporté le christianisme par rapport à la philosophie ?

    C’est une question très personnelle à laquelle je suis toutefois heureux de pouvoir répondre. Ma foi a d’abord été une foi d’enfant, spontanée, naturelle, presque évidente. Puis je me suis tourné vers la philosophie. Si je n’y ai pas perdu la foi, j’y ai appris à séparer Dieu et la Raison, le cœur et l’intelligence spéculative. Jeune professeur, je prenais garde à ne pas les confondre de peur d’une « contamination ». Puis peu à peu, je me suis tourné vers des textes de la tradition chrétienne qui me sont apparus comme étant tout à la fois des grands textes spirituels et des grands textes spéculatifs. Impressionné par St-Augustin, Bernard de Clairvaux, Anselme de Cantorbéry, Thomas d’Aquin, j’ai compris en les lisant que le meilleur de la tradition chrétienne pouvait nourrir mes plus hautes exigences intellectuelles. Aujourd’hui, je suis heureux de pouvoir concilier en une même exigence d’humanité ma foi chrétienne et ma culture philosophique.

 

    Quels sont vos projets d'écriture après cet ouvrage qui va à l'essentiel de la sagesse philosophique ?

   Je ne sais pas trop bien. Je suis entré en écriture par le roman, exercice auquel je me plais beaucoup. J’aimerais y revenir. Mais deux questions philosophiques ne cessent de m’occuper : celle de la vérité et celle de l’humanité. Il se pourrait qu’elles se rejoignent en ce lieu où il s’agit de se demander « ce qui fait de nous des hommes », infiniment fragiles, infiniment précieux.

   Je viens toutefois de terminer un roman qui tourne autour des relations entre Galilée et son fils. Un roman sur la paternité, la filiation, la discorde et la réconciliation. Reste à savoir s’il trouvera un éditeur.

 

   A lire d’urgence pour les maçons libres au cœur d’une loge libre et pour les « profanes » désireux d’une liberté grande.

 

 Petit traité de la liberté intérieure, Le Passeur Editions,

16.90 € …

mais la liberté n' a pas de prix…