"Spirituel", terme souvent utilisé par ceux qui souhaitent se présenter comme des personnes morales ou ayant bon coeur, ou de manière chaleureuse, mais floue, voire pseudo-mystique" (J. Black, chapitre 9)

 

    L’histoire secrète du monde de Jonathan Black, paru d’abord chez Florent Massot en 2009 a connu une réédition en poche aux éditons J’ai Lu fin  2013. Un pavé de 650 pages qui revient sur les sociétés secrètes ayant vu le jour après l’interdiction par le christianisme des écoles de mystères telles que celles de Thèbes, Eleusis ou Ephèse. Pour l’auteur, les sociétés secrètes modernes et leurs thuriféraires de tout ordre auraient hérité de ces écoles, de nombreuses personnages célèbres fait l’expérience d’états mystiques similaires à ceux que l’on enseignait autrefois, cultivé la philosophie secrète et fait prendre chaque grand virage de l’histoire grâce à elles.

     Le projet de Black apparaît parfois confus dans sa profusion, même s’il propose une piste en préface :

     « Je ne cherche pas à mettre l’accent sur les similitudes qui existent entre ces différentes pensées […]. Je m’attacherai plutôt à suggérer […] que ces courants portent en eux une vision unifiée du cosmos qui contient une dimension cachée et une compréhension de la vie obéissant à des lois mystérieuses et paradoxales. »

   Un peu plus loin, l’auteur précise son souhait : que le lecteur prenne cette lecture « comme un exercice de l’imaginaire […] et essaye de se représenter ce que cela peut faire de croire exactement l’opposé de ce que notre éducation nous a invités à croire ».

    Noble projet, qui comme il l’écrit « demande une sorte d’altération de notre état de conscience », et qui explique qu'« au cœur des enseignements ésotériques, il est dit qu’une forme supérieure d’intelligence peut être atteinte dans un état de conscience altérée ».

    Et c’est bien là, l'altération de la conscience, que le bât blesse. On peut admettre avec Black et à la suite de nombreux penseurs  que l’esprit de Dieu a précédé la matière, que « notre état émotionnel affecte l’état de ce qui est en dehors de notre corps » et que «  dans cet univers psychosomatique, le comportement des objets dans l’espace est directement affecté par nos états mentaux, sans que nous ayons agir sur eux ». Après le chat de Schrödinger, pourquoi pas ?

    Que les passages les plus importants de la Bible peuvent être interprétés comme décrivant les déités des planètes et des étoiles passe encore. Que le corps d’Adam fut d’abord informe et cotonneux avant que par la chaleur du soleil, ses membre verts commencent à rosir et que ce fut par manière végétale qu’Eve naquit du corps de notre ancêtre putatif et que leur progéniture se reproduit sexuellement à l’aide de sons  d’une manière analogue à celle du Verbe et que cet « épisode de l’histoire [soit] lié à une croyance maçonnique, le « Verbe qui a été perdu », croyance qui veut que dans un futur lointain, on redécouvrira ce verbe et qu’il sera alors possible de féconder en utilisant simplement le son de la voix humaine » semble aussi hasardeux que le fait que sans l’intervention de Lucifer « la protohumanité n’aurait pas dépassé le stade végétal ». Quant à l’affirmation que la glande pinéale « était le principal organe de perception des créatures protohumaines idéalisées plus tard sous la forme de licorne » et que « la voûte osseuse du crâne se solidifia, enferma la lanterne d’Osiris, filtrant ainsi le Grand Esprit cosmique d’en haut  et provoqua l’apaprition d’un pénis de chair» nous pénétrons dans un doute plus que philosophique. Enfin, dire que « durant la période décrite dans les mythes de l’Olympe vivaient parmi les humains », nous emmène pour le coup en pleine mythologie.

   Alors oui, on peut malgré toutes ces réserves et beaucoup d’autres, se plonger dans ce livre qui incite à relire la mythologie, les religions ainsi que bon nombre d’auteurs, penseurs et hommes d'action connus ou oubliés et partager l’idée, o combien bien illustrée dans cet ouvrage, que « le langage fit également du monde un endroit plus froid, plus sombre et plus dangereux » ou « que la pensée elle-même est un processus de mort ».

   Cependant aux lectures approximatives de ce livre dues aux éminents spécialistes des sciences occultes de l’Express, du Point ou de sites ésotérico-délirants, aux vidéos à lui dédiées sur youtube, on pourra préférer le compte-rendu roboratif, mais en anglais, de Hilary Mantel intitulé Hail to the Lezard Queen  à l’adresse : http://www.theguardian.com/books/2007/oct/13/society.

Et c’est ainsi que Jonathan Black écrivit la folle histoire du monde.

L'histoire secrète du monde

Jonathan Black

J'ai lu

ISBN : 9782290024393.