« C’est le destin des symboles de traverser les siècles, ignorés, habillés d’incompréhensions, d’incohérences, puis, un jour, de ressurgir de l’oubli et de retrouver leur lumière »

Vérités et légendes de l’histoire maçonnique, André Doré, p.94.

 

 

     L’ouvrage d’André Doré, reconnu comme un des meilleurs historiens actuels de l’ordre maçonnique, est une bénédiction pour le cherchant curieux d’établir, rétablir ou démolir nombre de Vérités et Légendes de l’histoire maçonnique loin de la légende dorée que souhaiteraient promouvoir certains.

    Son ouvrage, paru aux Éditions Maçonniques de France, permet de démystifier certaines prétentions occultistes, magiques ou fantasmagoriques d’une certaine appréhension de la tradition rituélique maçonnique.

 

     Retraçant l’historique du mot de maçon, des différents rituels qui se multiplient au XVIIIème siècle, des légendes du Temple de Salomon ou d’Hiram, des pas du maçon, de la lettre G, du nombre 5, des lumières de la loge, des outils, décors ou tableaux de loge, le livre d’André Doré est éclairant dans sa limpidité factuelle sans manquer parfois d’une ironie décapante pour exprimer avec légèreté et profondeur la foi qui l’anime.

    A propos de la mort d’Hiram, on lit page 101 : « Ramené à nos connaissances actuelles, ce dont il s’agit est un rite de mort et de résurrection à l’aube de son évolution, une nouvelle modalité d’un rite ancestral inhérent à toute l’espèce humaine. Mais qui, sans vouloir diminuer l’intelligence de nos prédécesseurs, et malgré pour d’aucuns, une approche certaine des auteurs classiques de l’antiquité, qui était susceptible d’introduire une telle interprétation dans les rituels naissants de ce qui était appelé à devenir l(Ordre maçonnique ? D’où l’indigence, l’incohérence et les tâtonnements présentés par les brèves et rares tentatives d’explications fournies par les textes pendant plus de cent ans et qu’il serait oiseux de relever. Alors, une fois de plus, pourquoi les Loges ?

   Le siècle était tout entier au théâtre, un mode d’expression plus accessible et moins fatiguant que le Livre. Le thème de « La chose perdue » dans son contexte dramatiques se prêtait fort bien à une affabulation théâtrale et l’occasion trop belle pour ne pas l’exploiter, pimentée qu’elle était par le secret des Maçons : un spectacle et le banquet qui s’en suivait, l’ensemble n’était pas sans charme. Et c’est ainsi que se développa la succession des scénarios qui, peu à peu, se transformèrent en rituels.

   André Doré, Directeur honoraire de l’IDERM (Institut d’Etudes et de Recherches maçonnique) s’est donné pour tâche de traquer les fausses légendes et les demi-vérités pieusement répétées qui déforment nombreux aspects de l’histoire maçonnique.

   L’auteur poursuit son livre réjouissant par un essai  en hommage à la maçonnerie féminine intitulé La Maçonnerie des dames où il revient sur les gades et les rituels des loges d’adoption entre 1745 et 1945. Il rend ensuite justice à quelques contre-vérités biographiques sur le F\Docteur Joseph-Ignace Guillotin ayant laissé son nom à une sinistre machine en dépit de son indignation et de ses très vives dénégations.

   Le chapitre VI, très dense, revient sur le Concordat Maçonnique de 1804 et l’introduction en France du Rite Ecossais Ancien et Accepté où le comte de Grasse-Tilly brilla par une présomption, des louvoiements et une malhonnêteté à l’égal de ses comparses. Son beau-père Delahogue « rompu aux arguties juridiques, rusé », Pyron décrit alors par Lerouge, bibliothécaire fameux et député au Grand Orient comme « vaniteux et arrogant envers ses égaux et ses inférieurs, condescendant et souple à l’égard des grands, artificieux avec tous » et Thory que ses tergiversations menaient d’un camp à l’autre entre Grand Orient concordataire et tenant d’un Suprême Conseil « fantôme » ou « papier » du 33ème degré souhaitant le rétablissement et l’indépendance de la Grande Loge Générale Ecossaise.

   Le Suprême Conseil de France sera après moult péripéties, retours en arrière, tergiversations et manipulations inauguré le 6 juin 1821 avec création  de la loge chargée d’administrer les grades symboliques, la Grande Commanderie qui deviendra la 3Grznde Loge Centrale » le 8 juillet 1822 et donnera naissance à la Grande Loge de France actuelle, la 3ème du nom, le 7 novembre 1894 « et dont l’antériorité ne peut aller au-delà de 1821 » selon les documents reproduits et analysés par André Doré.

   Loin de la polémique, André Doré achève en précisant que « s’il y a une conclusion à tirer de l’ « aventure » ancienne et accepté, elle ne concerne ni l’Ecossisme, ni le Rite  Ancien et Accepté, leurs descendants ne pouvant être rendus responsables des indignités de leurs aïeux ».

    Son recours rigoureux aux textes, originaux et documents de base permet à l’auteur de conclure sur une profession de foi et un message d’espoir. Se préoccuper de » la vérité toute simple des faits et des événements, et non de la vérité métaphysique qui appartient à l’Initiation ».

    « Une tâche ingrate qui entraîne des révisions souvent pénibles » que cette opération de vérité selon André Doré mais qui se doit d’être faite parce qu’elle est la vérité. « Au-delà de l’historien, c’est le rôle du maçon de la dire tout au long de son parcours initiatique qui ne peut voir de sens et de fruit que s’il est effectué dans la vérité et les vérités ».

 

Vérités et légendes de l'Histoire maçonnique

André Doré

Editions Maçonniques de France

35 €

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