« La formule républicaine a su admirablement ce qu'elle disait et ce qu'elle faisait; la gradation de l’axiome social est irréprochable. Liberté, Égalité, Fraternité. Rien à ajouter. Rien à retrancher. Ce sont les trois marches du perron suprême. La liberté c'est le droit, l'égalité, c'est le fait, la fraternité, c'est le devoir. Tout l'homme est là.

Nous sommes frères par la vie, égaux par la naissance et par la mort, libres par l’âme »

V. Hugo, Le Droit et la Loi, chapitre III

 

 

    Pierre Pelle le Croisa, qui après avoir mené une double carrière de dirigeant d’entreprise et de directeur d’école de management, a publié La Parole est au silence et La Pré-histoire des Francs-Maçons vient de publier Liberté, Egalité Fraternité, Valeurs de la Franc-Maçonnerie, droits et devoirs, aux éditions MDV.

   Soucieux de redonner du sens à une devise républicaine donnant du sens au quotidien profane du citoyen et révélant le sens de la vie de l’initié, Pierre Pelle le Croisa l’étudie dans son existence et dans son essence. Cet ouvrage concis mais dense d’environ 150 pages commence par revenir sur la devise avant la révolution française à travers des extrais de Fénelon, Voltaire et Rousseau avant de revenir sur ses tribulations dans la Révolution  française où la fraternité n’apparaît qu’après la Terreur et d’aborder en 1848 où la devise devient celle du peuple français avant d’être adopté par le Grand Orient de Franc en 1849 en remplacement de « Vivat ! Vivat ! Semper Vivat ! Le trinôme républicain sera de nouveau occulté jusqu’en 1871 et la IIIème République qui décrète son inscription sur les édifices publics en 1879. Remplacée par un « Travail, Famille, Patrie » de sinistre mémoire et nettement moins exaltant et fédérateur par le régime de Vichy, le Général de Gaulle la revendique pour la France Libre dès 1941 et elle sera finalement intégrée aux constitutions de la IVème et V République en 1946 et 1958.

 

    Pierre Pelle le Croisa évoque ensuite les droits de l’homme pour nous faire suivre le chemin des devoirs aux droits et des droits au devoir en évoquant notamment le droit d’obéissance cher à la philosophe Simone Weil ou aux constitutions d’Anderson précisant qu’ »un maçon est obligé, de par sa tenure, d’obéir à la moi morale » et présent dans la cérémonie de réception au grade de compagnon où il est rappelé au Franc-Maçon que « l’homme a d’abord le droit de servir, et ensuite seulement il peut réclamer des droits qui seront la contrepartie des services rendus.

    L’auteur, dans une démarche analytique stimulante évoque ensuite le droit et le devoir de vivre et de mourir, la liberté absolue et le personnage de Don Juan ainsi que les espaces de liberté où va pouvoir se déployer l’absolu de liberté, jamais atteint mais toujours cherché, donnant un sens à la vie, une existence ne trouvant son sens que par rapport à l’essence philosophique, sociale, politique ou religieuse qu’elle s’est choisie.

   Pierre Pelle le Croisa pose également la question du « devoir de liberté » pour découvrir s’il existe dans un monde sans Dieu ou avec lui et nous faire comprendre que ce devoir engage la responsabilité de l’homme et que nous nous situons entre destin et destinée « pas pleinement libre [et] pas toujours contraint » mais amené à prendre conscience que « comme l’ombre fait connaître la lumière, nos écueils (et nos échecs aussi) nous font connaître l’espace de notre liberté (et ses limites).

   Se penchant ensuite sur l’égalité comme rempart contre l’égalitarisme, l’auteur distingue l’identité et l’identification voyant dans l’ambivalence entre ressemblance et différence le lieu où l’égalité trouve sa place en rejetant la notion uniformisante d’égalitarisme comme le montre la réponse à la question « Etes-vous Franc-Maçon ?, » où la reconnaissance comme telle par les frères permet d’établir l’égalité dans la parité des rapports entre eux.

   La dernière partie de l’ouvrage de Pierre Pelle le Croisa nous emmène de la fraternité de sang à celle du cœur en passant par celle de l’esprit et du devoir au droit à la fraternité et analyse la Franc-Maçonnerie comme une école de fraternité qui revendique une reliance « remarquable, illustre, exceptionnelle », celle de l’égrégore.. Mais la fraternité a ses limites et si elle doit élever l’âme, il faut la ramener sur terre car aimer tout le monde, c’est n’aimer personne et l’auteur nous rappelle fort justement que s’il est des « Maçons sans tablier », il y a aussi, hélas, des « tabliers sans Maçons ». Comme ceux « qui excluent des frères parce qu’ils n’ont pas payé leur capitation [mais] sont parfois moins regardants pour ceux qui confondent associations maçonniques et alliances profanes, valeurs éthiques et valeurs financières ou recherches hermétiques et dérives sectaires ».

   Le devoir de fraternité est donc pour le Maçon un devoir sacré qui demande l’effort d’aller vers l’autre, même et surtout s’il nous est antipathique car celui qui ne pense pas comme moi m’enrichit et que « [l]es différences sont belles quand les divergences demeurent fraternelles ».

 

Un ouvrage de haute teneur à découvrir

pour faire de la liberté, de l'égalité et de la fraternité plus qu'une devise,

un idéal à l'intérieur et à l'extérieur des temples.

MdV Editeur

ISBN 9782355991349

16.90 €