La radiesthésie, mon cher, comme Monsieur Tournesol, voilà qui va nous mettre sur leur piste…

 

     Tintin et Les Forces Obscures est une publication proposée par Sophia Publications (Historia) en collaboration avec  Le Point (France), Le Soir (Belgique), Le Temps (Suisse) et La Presse (Canada) au prix très abordable, vu la qualité et disons-le, la quantité du contenu, de 8.90 €. L’équipe éditoriale réunie autour de Jacques Langlois, correspondant régulier de Hergé pendant 20 ans et membre du comité de rédaction de l’association des Amis d’Hergé, rassemble des spécialistes dans leur domaine et des tintinologues avertis.

    Car il y a de quoi dire et apprendre sur ce héros et son créateur que l’on peut espérer mieux comprendre grâce à cet album cartonné qui fait le point sur l’histoire du rêve, de la voyance, de l’hypnose, de la radiesthésie, de la télépathie, des extraterrestres, des superstitions, des sociétés secrètes et de la folie et sur l’intérêt que Hergé portait à ces domaines échappant au réalisme auquel on le réduit souvent.

     On découvre, ou redécouvre, ainsi qu’Hergé notait ses rêves et que ses cauchemars blancs ont influencé la genèse de Tintin au Tibet, album dans lequel un rêve prémonitoire lors d’une partie d’échecs qui s’éternise va d’ailleurs entraîner Tintin à la recherche de son ami Tchang. On comprend mieux les scènes de voyance qui parcourent les 24 albums de Philippulus dans l’Etoile Mystérieuse au malaise de Mme Yamilah dans les 7 Boules de cristal en passant par la vieille tzigane des Bijoux de la Castafiore ou le fakir Cipaçalouvishni dans Le lotus bleu à la lumière des relations qu’ont pu entretenir Hergé et sa première épouse vis-à-vis des voyants.

    L’hypnose apparaît également au début, au milieu et à la fin de l’œuvre avec le fakir des Cigares du pharaon, les 7 Boules decristal ou Vol 714 pour Sidney où le fakir des temps modernes, l’initié Ezdanitoff (« n’est-ce pas chouette ? » en dialecte flamand) emprunte ses traits à Jacques Bergier, célèbre auteur du Matin des Magiciens.

    La radiesthésie, qui devient la marotte de Tournesol, apparaît dès la version noir et blanc de Au pays de l’or noir mais sera surtout présente dans Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge et même les Dupondt se mettent au pendule pour suivre la piste de Tintin, d’Haddock et du professeur dans Le Temple du Soleil.

    On suivra également les pas de Tintin et de Hergé au royaume de la magie, des malédictions et des phénomènes paranormaux, de la télépathie,  des ovnis comme dans l’Etoile Mystérieuse, de la superstition ou des organisations occultes que le reporter croise 14 fois au fil des albums, de la mafia aux adeptes du signe de Khi-Oskh en passant par les hommes-léopards dans Tintin au Congo et que l’on retrouvera chez les dessinateurs E.P. Jacobs ou Hugo Pratt.

    Ce magnifique album grand public au sens noble du terme s’achève sur le thème de la folie, si cher à l’auteur dont la mère fut affligée d’une maladie mentale et dont la vie fut hanté par le secret familial concernant le géniteur inconnu, mais probablement illustre,  de son père et de son frère jumeau et le père de passage qui leur a donné leur patronyme quand ils avaient 11 ans et que leurs études et habits étaient encore payés par une mystérieuse comtesse.

    Une vie en clair-obscur donc pour le créateur du plus célèbre des reporters qu’une bibliographie en fin de volume incite à découvrir encore plus avant jusqu’à l’âge proche-oriental de 77 ans.

 Tintin et les forces obscures

A lire avant la rupture de (coke en) stock