« L’origine de la Franc-Maçonnerie est l’un des sujets les plus débattus et les plus discutables du monde de la recherche historique »

France Yates, The Rosicrucian Enlightenment

 

    L’ouvrage de Jean-François Blondel, Des Tailleurs de pierre aux Francs-Maçons, mythe ou réalité ? (éd. Cyrille Godefroy), est de ceux qu’il faut lire pour comprendre comment l’on est passé des constructeurs du Moyen Age, dont la vocation était de bâtir des édifices civils ou religieux, à la Franc-Maçonnerie, société spéculative visant à la construction du temple intérieur et de l’humanité. Un ouvrage utile afin de faire le point sur les conditions historiques, enveloppées de zones d’ombre souvent controversées, ayant conduit au passage des premiers aux seconds.

 

    Partant des confréries de bâtisseurs du Moyen Age et de leurs traditions, des statuts de leur corporation dont la hiérarchie et le symbolisme ont servi de cadre aux francs-maçons, s’appuyant sur les cahiers de Villard de Honnecourt, jetant un éclairage sur le compagnonnage et plongeant son enquête dans les brumes de l’Ecosse et les plaines de l’Angleterre du XVIIème siècle, Jean-François Blondel tente de savoir ce qui a conduit des « non-opératifs » comme l’érudit Elias Ashmole à se faire recevoir en 1646 dans une loge de Warrington dans le Lancashire. Rechercher des secrets ou faire n dépôt sacré à l’abri des regards du monde ?

    Jean-François Blondel tente de faire le point sur l’héritage opératif et de montrer s’il y a eu « continuité » ou « emprunt » de la part d’Anderson et Desaguliers en 1717. Un emprunt toujours vivant dans la Maçonnerie anglo-saxonne où les rites maçonniques n’ont pas subi d’influence ésotérique autre que celle de la « tradition de la pierre ». Contrairement aux rites continentaux où se sont greffées des influences hermétiques, alchimiques, kabbalistes, chevaleresques ou autres.

    Dans sa première partie, l’ouvrage de Jean-François Blondel revient d’abord sur l’art de bâtir à travers la mystique des tailleurs de pierre, les problèmes de terminologie attachés au maçon médiéval, aux règlements et devoirs, à la « loge aux maçons », aux marques lapidaires et à leur symbolisme, au carnet de Villard de Honnecourt, à l’histoire et à l’origine du compagnonnage ou encore aux légendes des métiers de la pierre comme celle des Quatre Couronnés, des Qautre Fils Aymon ou de l’ »Ouvrier de Saint Pierre » et à la confraternité des Maçons libres d’Allemagne et la Bauhütte germanique organisée autour de la loge de Strasbourg.

    La seconde partie de cet ouvrage passionnant est consacrée à l’art de se bâtir avec l’avancée vers la Franc-Maçonnerie à partir de la découverte de Vitruve ou l’analyse de la charte de Cologne de 1535, les prémisses, et les diverses théories sur la naissance de la Franc-Maçonnerie, les survivances opératives dans la F :. M :. Moderne.

    A lire pour faire le point sur l’origine de  la Franc-Maçonnerie  et les différentes théories de la « Transition » chère à Henri Carr, politique, religieuse ou de la voie fraternelle et charitable en passant par la contre théorie d’Eric  Ward ou le rôle de la Royal Society. Avant de conclure avec l’auteur que la création de la FM moderne en 1717 a surtout correspondu à un projet : mettre au service du bien de l’humanité une société fraternelle à vocation universelle à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.

 

Et c'est ainsi que Jean-François Blondel est grand.

 

http://www.editionsjcgodefroy.fr/collection.php?id=11&id_ouvrage=127

24 €

ISBN 9782865532452