Car Jésus lui disait: Sors de cet homme, esprit impur!

Et, il lui demanda: Quel est ton nom? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs. (Marc, 5-8)

 

    Le livre témoignage de Xavier, Léger, coécrit avec Bernard Nicolas, Moi, ancien légionnaire du Christ, sous-titré 7 ans dans une secte au cœur de l’église est accablant pour cette communauté, son fondateur, ses adeptes et pour l’auteur qui a décidé de prendre la parole et de dénoncer tout ce qu’il a vu et enduré au milieu d’un silence assourdissant de la part des autorités pontificales, qui savaient mais laissaient faire depuis plus de soixante-dix ans.

    Au départ, un homme, si l’on peut dire, Marcial Maciel, prêtre mexicain qui fonde en 1941 la  Légion du Christ. Un tartuffe des temps modernes qui commence sa carrière diabolique très tôt.

    18 ans, premiers abus, séminariste dans le diocèse de Veracruz, il introduit de jeunes enfants dans l’enceinte du séminaire et abuse d’eux. Surpris, dénoncé, expulsé par son évêque, il apporte à ce dernier un bouillon de 11 heures qui le fera passer ad patres en quelques heures. Coup d’essai, coup de maître, le séminaire étant clandestin au moment de persécutions religieuses, il ne sera pas dénoncé et mis à la porte avant de rentrer par la fenêtre.

    Après moult exclusions, il est autorisé à fonder une congrégation dans le diocèse de Cuernavaca dont l’évêque est un proche parent, ordonné prêtre contre le droit canonique qui veut qu’un prêtre ait plus de culture que M. Jourdain,Marcial Maciel sera maintenu dans ses fonctions malgré les prèmières accusations d’abus sexuels qu’il multipliera entre les années quarante et soixante. La fin justifiant les moyens, ce pèlerin de grand chemin joue la carte de la séduction pour obtenir des soutiens ecclésiastiques  utilisant même le pape comme caution morale (voir http://www.lavoluntadenosaber.com) tandis qu’il écume les personnes riches, vieilles et misérables pour mener grand train.

    Ne reculant devant rien, il s’invente une hagiographie délirante prétendant au passage, O pas sage,  avoir sauvé des centaines de personnes à Orizaba avant de devenir accro à la Dolantine, dérivé de la morphine, et d’apparaître défoncé devant ses supérieurs « préoccupés » ; pour le moins.

    Suspendu en 1956 par le Vatican, la contre-enquête de 1957 lui sera favorable et défavorable à ses malandrins de dénonciateurs ; la maison Vatican ne reculant devant aucun sacrifice ; enfin, ceux de ses ouailles innocentes j’entends, offre même un Décret de Louange, c’est beau, à la jeune congrégation pour se faire pardonner.

    1965 : l’évêque de Palpanta, ancien condisciple, peut-être en deux mots d’ailleurs,  menace de révéler les turpitudes de son camarade et mourra dans un accident de voiture après la menace de mort de, comment déjà, ah oui, Marcial Maciel.

    1976 : changement de bord, le misogyne d’hier fonde un foyer avec une jeune créature, 37 ans de moins, lui fait deux enfants sous un faux nom, voyage sous de nombreux avatars, se déclarant même espion du gouvernement ; Vatican ? Une fois n’étant pas coutume, et en contradiction avec les coutumes musulmanes abhorrées par les défenseurs de la foi, foie ?, que sont les joyeux lurons de la légion du Christ, il reprendra femme, deux fois, allant jusqu’à abuser de ses propres enfants.

     Ayant décidément tout pour plaire, mystifiant même Jean-Paul II, allié zélé qui approuvera les constitutions de la congrégation, en deux mots ?, malgré Vatican II et qui écrira une louange à sa gloire, lui le « père spirituel proche et [le]guide efficace dans l’aventure passionnante du don total à Dieu dans le sacerdoce »… Poil aux sales gosses.

    En colère et indignés, les victimes du pervers commencent à entrer en contact tandis qu’un ancien légionnaire et comparse, Manuel Amenabar meurt dans des conditions mystérieuses après avoir proclamé « j’ai pardonné mais je demande justice »… et une fois tout document compromettant disparu, évidemment.

   1997, les victimes publieront leurs accusations dans le Hartford courant, plus amène, si, si , que l’Eglise ou les médias mexicains et nos légionnaires reprendront leurs armes : intimidations, calomnies, fausse déclarations, mensonges, vidéos, livres de propagande, bref, une secte d’insectes euh, d’incestes, pardon.

    2006, tardivement valant mieux que jamais,  Benoît XVI demande à Maciel de se retirer pour une vie de prière et de pénitence mais il est trop tard pour faire vœu d’obéissance et le malhomme, bah oui, finira en  Floride en refusant le pardon alors que ses héritiers, menaçant de révéler une vie de sain(t)e débauche,  contraindront le Vatican à annoncer publiquement la double, au moins, vie de ce nouveau Tartuffe le 5 février 2009.

   Pendant sept années, et au-delà, Xavier Léger aura le cœur plus lourd à porter qu’une croix et finira par dénoncer la propagande, l’extorsion de fonds, l’hypocrisie, la folie des grandeurs et les mœurs perverties de certains membres de cette damnée organisation aux relents mafieux et si introduite, j’ai osé, auprès des grands de ce monde et autres nains perchés sur les épaules de géants comme Messieurs Bouygues ou Sarkozy. C’est là la moindre des révélations, au sens journalistique, de ce témoignage courageux.

   Merci à Xavier Léger pour son courage et cette foi chevillée au corps qui fait que l’on ne perd pas toujours son âme au milieu des loups.

 

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Xavier Léger : http://www.exlcblog.info/

Un livre disponible chez l'éditeur

http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=45001&levelCode=home