Maison de Vie a eu la bonne idée de faire entrer dans sa collection des Archives de la Franc-Maçonnerie, l’ouvrage d’Instruction Maçonnique aux Compagnons d’Edmond Gloton (1895-1962), un des Francs-Maçons importants de son époque à la fois essayiste et commerçant en décors maçonniques.

    Après une courte bienvenue aux néophytes, E. Gloton rappelle les règles qui prévalaient autrefois à l’élévation au grade de compagnon pour montrer aux frères combien « l’on était sévère pour le recrutement et aussi combien la solidarité était agissante ». Dans ce premier chapitre, Gloton rappelle qu’à l’époque le G de l’étoile flamboyante ne signifiait que géométrie et que s’ « il y a eu déformation en sens opposé, c’est très regrettable cr l’interprétation de nos ancêtres serait bien faite pour tout concilier ».

    Abordant le temple et les tracés de loge, on peut relever deux paragraphes qui ont peut-être bien moins vieillis qu’il n’y paraît d’abord :

   « Beaucoup de nos FF pensent, à tort, qu’il faut, pour abriter les travaux de leur Atelier, un local spécialement aménagé. C’est une erreur qu’il faut dissiper. N’importe quelle salle peut convenir, du moment que le Tracé de la loge figure au centre de la pièce.

    Nous pensons que si ce détail était connu, il existerait des Ateliers dans bien des Orients, car bien des FF reculent devant les frais qu’entraînent l’aménagement et l’entretien d’un local spécial ; alors que s’ils se réunissaient chez l’un deux, ils pourraient travailler maçonniquement, former un centre de culture maçonnique, qui se développant donnerait alors la possibilité d’organiser un local maçonnique définitif. »

    Edmond Gloton, dont chaque page est un festin de sagesse, évoque ensuite l’initiation pour regretter qu’au REAA comme au Rite Moderne, on ne donne que très peu de place au symbolisme des outils des outils utilisés lors des voyages des compagnons et que l’on consacre un très long développement à l’explication des inscriptions figurant sur les cartouches que l’on découvre à la fin de chaque voyage. L’auteur prétend donc innover en reliant l’action du voyage et son but final comme le cherchant qu’est chaque frère pourra le découvrir à son tour au fil de quelques pages lumineuses.

     L’ouvrage de Gloton, court (90 pages) mais dense, se poursuit sur un chapitre consacré à l’initiation où l’on voit le compagnon invité à passer de la méditation de l’Apprenti à l’action en recourant au symbolisme, selon lui trop négligé par nombre de frères alors que pour le Maçon, le symbole sera un guide précieux le mettant constamment en présence de nos préceptes  pour l’empêcher de s’écarter du droit chemin.

     Le chapitres consacré aux devoirs du compagnon permet de rappeler que si depuis 1789 l’homme a des droits, « personne ne lui parle de devoirs » alors que le maçon a un devoir d’assiduité et doit jouer un rôle actif en prenant une part effective aux travaux de sa Loge ou d’autres tout en prenant part au travail en commun « en apportant ses suggestions et ses connaissances ». Il aura égalment un rôle à jouer dans le monde profane où il devra être un exemple pour tous en agissant avec doigté et circonspection.

     La morale maçonnique est ensuite abordée en se démarquant de la morale religieuse, fondée sur la crainte de châtiments posthumes, du précepte « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fit » fondé sur la crainte des représailles, de la formule « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te fit » semblant basée sur la raison s’appuyant sur l’amour mais dictant d’être bon  et secourable dans l’espoir que les autres agiront de même envers nous. E. Gloton en arrive à préférer la formule stoïcienne  « Fais ce que dois, advienne que pourra » sans se soucier de ce que l’on dira ou pensera, sans se préoccuper de nos intérêts, notre liberté voire notre vie. Une morale qui « ne peut s’appliquer qu’à des êtres très évolués, qu’à des esprits mûris par la méditation et pénétrés de la Science Initiatique ».  Une morale agissante, combat incessant pour l’idéal, marche vers l’étoile flamboyante et symbole du perfectionnement humain.

    En révéler davantage fait courir le risque de trahir la pensée du maître et de nous faire perdre de vue que l’ « on n’est pas initié mais que l’on s’initie soi-même. »

Et c’est ainsi qu’Edmond Gloton reste vivant.

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13 €

ISBN 9782355991509