Si j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.

Faim, Arthur Rimbaud

 

     Michel Lapidus, s’il porte un nom adéquat au sujet, La Pierre Cubique, paru aux éditions Maison de Vie  en mai 2013, livre avec son opuscule, un texte quelque peu déconcertant.

     Revenant sur les origines de la pierre cubique, donnant une clé de compréhension de sa fonction quelque peu amphigourique : « Dans l’inconscient, formulé par le rêve, la Pierre cubique révèle le véritable objet de la quête initiatique : celui du secret inaccessible, mais cependant susceptible d’être atteint »( sic), il poursuit son cheminement en rappelant que le secret de la pierre cubique « n’est pas un contenu secret que l’on cherche à révéler, c’est une dynamique, une fonction de création que l’on pourrait nommer « agir dans et par le secret ». Un secret qui se vit en deux étapes : « déceler pour comprendre (percevoir les lois de la création) et receler pour agir en transmettant l’énergie de la Connaissance perçue par des réalisations concrètes » donnant vie aux formes manifestées qui obéissent à ces lois, ces formes étant « une formulation géométrique du cœur du Principe ( ?) et de sa création, qui ainsi se révèle à la fois par les éléments primordiaux de construction de l’univers (les savants modernes parlant de « briques de construction ») et par leurs combinaisons.

    Alors si  « la pierre contient le secret de la Vie », il faut avouer que ce livre n’aide guère à percer le secret de la pierre et que la transformation de l’être induite pour le compagnon par le travail sur elle s’assimile davantage à celui du mineur de fond qu’à celui de l’alchimiste interne.

    Le style de l’auteur ne facilite pas la tâche de compréhension et si « la géométrie, dans le cadre d’une démarche initiatique, a pour fonction de faciliter la formulation la plus abstraite qu’il soit possible de donner à une pensée de nature vitale ( ???) pour s’élever et s’exprimer au cours de cette démarche », il faut avouer que ma nature vitale personnelle ne me permet pas de facilite rladite formulation.

    Le chapitre sur le symbole géométrique, malgré des titres prometteurs (« le tétraèdre et le feu créateur », « le dodécaèdre et la sensibilité totale »…), laisse sur  sa faim et celui sur la pierre des philosophes sur sa soif avec des phrases comme « [C’est sur la pierre cubique, l’autel de la messe], que s’effectue la communion par le pain et le vin, qui marque l’aboutissement des opérations alchimiques essentielles pour reconstituer et rendre présent le Christ, homme cosmique lui-même rendu ainsi, en tant que la Pierre ».

   L’avant-dernier chapitre revisite Cosi Fan Tutte de Mozart mais le voyage musical dans la pierre cubique a des airs de pérégrination laborieuse dans la danse des nombres tandis que le dernier laisse heureusement entrevoir des perspectives intéressantes en se penchant sur les statues cubes égyptiennes. On pourra juste regretter une des formules lapidaires (sans jeu de mots) de la conclusion : « La qualité d’une civilisation ne se reconnaît-elle pas à la façon dont elle s’attache à la Pierre cubique » ?

   Il ne reste donc aux cherchants qu’à poursuivre le polissage de leur pierre et à construire leur temple intérieur du mieux qu’ils peuvent.

Maison de Vie Editeur - 110 pages - ISBN : 978-2-909816-62-3 - Prix : 10 €uros