" Aussi longtemps que l'homme réclamera le Moi et le Mien, ses oeuvres seront comme zéro"

 

     Pour mes chers lecteurs ne connaissant pas plus que moi ce poète et mystique de l’Inde médiévale avant que je ne le rencontre dans le livre de Michel Guay, Kabir une expérience mystique au-delà des religions, paru chez Albin Michel en mai 2012, il y a urgence à lire les poèmes réunis dans cet ouvrage et découvrir la vie et l’œuvre de celui que la légende décrit comme un fils de brahmanes, orphelin élevé par des tisserands musulmans, humble parmi les humbles ayant vécu approximativement de 1398 à 1448 et né à Bénarès, illettré considéré comme le père de la littérature et de la langue hindi dite « langue de Kabir ».

     Epris de syncrétisme  et intransigeant envers le formalisme religieux dont il dénonce l’hypocrisie des représentants officiels, il transcende les points de vue divergents des deux religions qui se côtoient à l’époque au nord de l’Inde, l'hindouïsme et l'islam.

     Pourtant, tout le monde aura tenté de le récupérer en faisant tour à tour un soufi musulman, un guru hindou vishnouïte, un des idéologues de l’illumination spontanée, le sahaja, évoqué par d’autres poètes mystiques de l’Inde, tandis que la secte officielle, la Kabir Panth, le déifie en le plaçant dans le Shri Guru Granth Sahib, livre sacré des Sikhs, oubliant que ce poète était avant tout un renonçant qui n’appartenait qu’à Ram.

    Car Kabir est avant tout engagé dans une discipline intérieure, plus exigeante que les règles de l’ascèse et des rituels, obligeant à l’amour, « seule réalité sous-jacente à la manifestation multiforme des êtres et des choses » selon les mots de ce passeur d’excellence qu’est Michel Guay. Pour Kabir, le corps humain, microcosme dans le macrocosme, est un « pot de terre » mais aussi un « temple » à l’écoute du guru intérieur, voix de la conscience pure qui laisse libre cours à l’amour transformant tous les rites et philosophies en « paille à brûler ».

    Pour le style, les poèmes de Kabir prennent parfois la forme d’ulatbamsi, finement analysés par la tradition et par Michel  Gay, des histoires à l’envers, paradoxales, dirigées contre la suffisance des bonnes gens et des bonnes mœurs, la tradition de l’oppression et de l’imposture.

   Si certains textes, par tradition, commence par des apostrophes virulentes, Lettres Maçonniques, qui vous fait confiance pour les trouver de ci de là sur internet, vous livre un court extrait présentépar le prix Nobel Rabindranath Tagore en 1915 :

Ô homme, si tu ne connais pas ton propre Seigneur, de quoi es-tu si fier ?

Renonce à toute habileté. Jamais de simples mots ne t’uniront à Lui.

Ne te laisse pas tromper par le témoignage des Écritures.

L’amour est bien différent de la lettre et celui qui en toute sincérité l’a cherché l’a trouvé.

 

Pour en savoir davantage, rendez vous sur le site de Michel Guay : http://michelguaysitar.com/