"Grâce à Christian, je suis à nouveau assis sur le petit banc voisin de la tour Magdala. Et tel Corto Maltese dans sa cour secrète des Arcanes, à Venise, je passe les portes qui séparent la réalité du songe. L’adulte s’endort et l’adolescent émerveillé se réveille. Je rêve à nouveau. Les yeux ouverts."

Eric Giacometti.

 

 

     Christian Doumergue, qui a consacré 20 ans d'étude aux mystères de Rennes-le-Château, a accepté de répondre à quelques questions de Lettres Maçonniques pour évoquer son parcours dans un labyrinthe dont il ressort grâce à un fil d'Ariane solidement tissé. Un deuxième rendez-vous avec l'auteur du tout récent ouvrage paru aux éditions de l'Opportun, le Secret dévoilé.

 

     Lettres Maçonniques : Comment est né cet engouement de vingt ans pour Rennes-Le-Château ?

    Christian Doumergue : Tout a commencé par un reportage télévisé. C’était en 1992, j’étais lycéen, passionné par les faits inexpliqués et le mystérieux inconnu et cette année-là TF1 diffusait l’émission « Mystères ». Le reportage sur Rennes-le-Château m’a littéralement fasciné. C’était Indiana Jones dans la vie réelle : des parchemins codés, des fouilles de nuit dans un vieux cimetière aux secrets ancestraux, un tableau crypté et tout un jeu de piste jalonné de vieux calvaires et de rochers remarquables ! Les histoires de trésors cachés m’avaient de tout temps fasciné et celle-ci appela mon imagination plus que toutes les autres parce que, précisément, elle n’était pas comme les autres. Je me rappelle à cette époque avoir prospecté les ruines de vieux châteaux autour desquelles gravitaient des histoires de trésors cachés. Mais à Rennes-le-Château, ce n’était pas qu’une vague rumeur : il y avait une histoire, et il y avait des indices ! Je voulus donc voir les lieux, et cette découverte sur le terrain scella mon intérêt naissant. 

   L.M. : Quelles ont été les étapes les plus importantes dans votre recherche ?

    Christian Doumergue : La première étape a été incontestablement celle de la fascination. En découvrant cette histoire extraordinaire, j’ai été magnétiquement attiré vers elle. Je m’intéressais jusque-là à différents sujets liés au mystérieux inconnu… Rennes-le-Château a progressivement pris toute la place en ce domaine. Je voulais comprendre, et pour cela je me suis mis à lire tout ce que j’ai pu trouver sur le sujet, et, lorsque cela a été fait, à chercher à exhumer des documents qui étaient jusque-là restés dans l’ombre. Cela a marqué le début d’une quête archivistique parfois ardue mais toujours passionnante et parfois payante.

    Je crois qu’il y a eu ensuite la tentation de résoudre cette énigme. À mon sens, c’est le passage obligé pour tout chercheur qui s’engage dans cette voie parce que, nécessairement, il va trouver, ou penser trouver, des éléments le rapprochant du dénouement de l’histoire. Cette tentation d’en découdre avec le mystère est même, d’une certaine façon, le moteur qui nous pousse à chercher. Comme toute tentation, celle-ci peut provoquer une chute irrémédiable, aussi, quand on se lance dans cette Quête, il faut prendre soin de ne pas faire de son terme son seul objectif. Le voyage, le Circuit accompli, est ici une chose bien plus importante – pour la plupart – que l’arrivée au terme du voyage. Il faut avoir cela en vue.

    Le troisième temps a été l’hésitation. Au fur et à mesure que je cherchais, j’ai mis au jour des documents ou des éléments d’informations qui, progressivement, ont déconstruit les premières représentations que j’avais de cette histoire. Le rêve dans lequel j’étais entré le regard émerveillé a pris progressivement une autre forme. Beaucoup d’éléments merveilleux qui le constituaient se sont évaporés. Je me suis rendu compte que l’histoire avait été falsifiée sur bien des points et que beaucoup des éléments qui me l’avaient rendue si fascinante étaient en réalité des inventions sans fondement historique. Il y a donc eu un moment de doute, un moment où je me suis dit qu’il n’y avait peut-être rien à trouver à Rennes-le-Château – que tout n’était, peut-être, que la tentative désespérée de l’homme d’incarner un « merveilleux » inaccessible autrement qu’en pensées…

    Et puis, il y a eu le moment de la révélation. J’ai réalisé que pour comprendre ce qu’était vraiment l’affaire de Rennes, il fallait changer de regard. Depuis des décennies, on regarde cette histoire comme une histoire de trésor et on la juge comme on juge une histoire de trésor : avec une grille d’analyse historique. Mais la vérité est ailleurs. Car l’affaire de Rennes n’est pas une histoire de trésor : c’est le récit symbolique d’une découverte extraordinaire dont ses inventeurs ont fait une fable. L’histoire de Rennes c’est donc une fable et pour la comprendre, il faut passer de l’autre côté du miroir. C’est l’approche que je développe dans mon livre Le Secret dévoilé : après avoir montré comment certaines personnes ont construit autour de l’affaire Saunière un véritable mythe à partir des années 1960, je mets en application des clés de lecture qui me permettent d’atteindre le message que ces personnes ont glissé dans leur récit littéraire. On n’est pas ici dans de l’interprétation ou de l’hypothèse, mais dans une stricte analyse littéraire des textes constitutifs du mythe – un travail qui n’avait jamais été réalisé jusqu’à présent. La révélation, c’est ce sur quoi cette démarche conduit, un passage de la croyance à la foi…

     L.M. : Que pensez-vous des théories faisant de l'église de RLC un possible temple maçonnique ou Rose-Croix ?

    Christian Doumergue : Pour le temple maçonnique, c’est une théorie formulée par mon ami Daniel Dugès, une théorie que j’ai vu naître chez lui et que je l’ai vu développer ensuite, jusqu’à ce qu’il consacre plusieurs ouvrages au sujet. Je ne l’ai pas traitée dans mon ouvrage car on est ici sur un autre terrain de recherche que le mien : la symbolique maçonnique est indispensable pour bien comprendre le mythe de Rennes élaboré par Pierre Plantard et c’est ce terrain-là que j’ai étudié personnellement. Pour l’église, on est dans autre chose : les ouvrages de Daniel doivent être lus et c’est à l’aune de cette lecture que chacun se fera son opinion. Pour le temple Rose+Croix, Gérard de Sède est le premier à avoir lancé cette lecture… Il y a une intension derrière, cela est certain : lorsqu’il a voulu comprendre de qui il avait été le jouet, Sède a approché des éléments significatifs pour expliquer l’origine du mystère de Rennes. Ça ne veut pas dire que son idée d’église-temple Rose+Croix renvoie à une réalité : ça n’est sans doute qu’une image, pas un symbole, mais une invitation à voir cette histoire avec un certain regard… Le Grand Œuvre des bâtisseurs du Mythe de Rennes est de changer – à notre insu et de façon subliminale – notre façon de voir.

 

Un grand merci à Chritian Doumergue pour cette interview détaillée

et les réponses qu'il apporte aux mystères fascinants de Rennes-le-Château.

 

 

 

 

 

Les Editions de l'Opportun

 

ISBN 9782360752492

18.90 €

 

Retrouvez Christian Doumergue sur le site  http://www.christiandoumergue.com/...

...et son ami Daniel Dugès, auteur de Rennes le Château, un chapitre maçonnique secret (ed. Trajectoire) sur le site http://www.daniel-duges.com