Homme d'ouverture, artiste protéiforme et engagé, Paul Sanda est un poète, essayiste et éditeur de poésie d'ici et ailleurs dirigeant La Maison des Surréaliste à Cordes-sur-Ciel mais aussi Patriarche des différentes églises Gnostiques.

          Il a bien voulu accepter de répondre à quelques questions permettant de découvrir un homme, une vie et une oeuvre de passeur qui sortent des sentiers battus.

 

 

 

 

 

 

L. M. : Bonjour Paul Sanda, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de LM ?

 

            Je suis un poète et un collagiste, un performer né au pays de Gilles de Rais en 1961. On dit que ma poésie est fortement influencée par le surréalisme, et imprégnée d’ésotérisme et d’Alchimie. C’est parce que je suis initié dans l’art d’Hermès depuis plus de vingt ans. J’ai pu écrire un vingtaine de recueils, et j’ai été préfacé, en exemple, par Frédérick Tristan (ancien prix Goncourt), Marc Petit, et illustré par Claude Bellegarde, JG Gwezenneg, Marc Janson, Olivier de Sagazan, Didier Serplet. Je suis cité dans l’Anthologie des poètes maçonniques et symboliques, de Jean-Luc Maxence (Dervy), et aussi dans l’Anthologie Les Riverains du feu,de Christophe Dauphin (Le Nouvel Athanor, 2009).

          Je suis aussi l’auteur d’essais ésotériques, comme Haute Magie des pentacles de labbé Julio paru en 2009 aux éditions Trajectoire, et comme le récent Rituels de Guérison par les Archanges (Grand Grimoire des Archevêques) chez le même éditeur (2012).

               Je dirige, à Cordes-sur-Ciel (81), la Maison des Surréalistes, conservatoire d’archives et cœur des éditions Rafael de Surtis. Ces éditions publient sous ma direction plus d’une trentaine d’ouvrages annuels, dans le sens du surréalisme historique, de ses prolongements, mais également en prose poétique de haute écriture, en la poésie étrangère de qualité (Vesaas, Södergran, Carpelan, Hamsun…) ; des documents sur l’art et les artistes sont aussi publiés (Coutaud, Demarne, Labisse), ainsi que des ouvrages de grande profondeur d’auteurs connus dans les domaines de la spiritualité (Lima de Freitas, Rémi Boyer, Claude Bruley...).

            Je suis par ailleurs Patriarche de différentes Églises gnostiques, conservateur-archiviste de leurs rituels et traditions spécifiques. Je publie l’organe essentiel de ces Églises, la revue Gnostika Vidpunkto qui paraît deux fois l’an. Je suis en charge, à l’intérieur de ces activités, de différentes groupes initiatiques, où je m’exerce à transmettre les connaissances de ces traditions dans des directions non-duelles, de rencontres entre les avant-gardes créatives et  les ésotérismes les plus opératifs.



           L. M. : À quelles nécessités est lié pour vous le recours à l'écriture poétique ?

 

          Sur ce sujet, j’ai écrit un livre particulier avec Rémi Boyer qui se nomme Le Pacte Bicéphale (Rafael de Surtis, 2011). J’y montre le rapport direct entre la transcendance et la poésie, la coïncidence entre la fulgurance poétique et l’âme du monde. L’Archée, l’énergie qui circule produit, et provoque, l’élaboration d’un discours psalmodique, magique, dont le sens n’est pas immédiatement perceptible intellectuellement, mais réside dans les intervalles de perception et est saisi sous des formes étranges que la poésie véhicule formidablement.

          La poésie est le seul langage qui peut communiquer sur l’invisible ; un rituel est une poésie, c’est ce qui permet au rituel d’atteindre la profondeur. L’écriture poétique est un outil « religieux », au sens de « relier » vibratoirement l’âme avec le grand tout énergétique.

          C’est pour cela que nombre de poètes furent de grands ésotéristes et inversement (comme Pessoa, Nerval…). La voie christique, le langage biblique, le langage des oiseaux, les évocations symboliques, les lieux de force religieux, sont tous emplis de poésie, directe, spirituelle et énergétique. Quand nous sommes capables de nous laisser traverser par cette puissance, qui revêt une beauté souvent incommensurable, nous savons alors participer de la célébration de toute la splendeur du mystère humain, du mystère incommensurable.

       Toute démarche poétique est une démarche initiatique – je parle de l’expérience poétique véritable, celle qui engage la vie toute entière du poète – et inversement : toute démarche initiatique ne peut être décrite en profondeur que dans une approche poétique, approche capable de signifier clairement, en verticalité, le processus opératif de transformation. 



              L. M. : Que vous a apporté votre parcours maçonnique dans l'exercice de cet art ? Pouvez-vous présenter votre ordre qui se situe selon vous plutôt aux marges de la franc-maçonnerie ?

 

        Je ne suis pas à proprement un maçon traditionnel, n’ayant pu accéder qu’à quelques degrés initiatiques dans le rite de Swedenborg. Mais je suis martiniste, pratiquant, de cœur et d’action, initiateur libre dans l’Ordre Martiniste des Chevaliers du Christ. Le Martinisme correspond très bien à mon engagement poétique et gnostique, puisque je retrouve autant chez L.-C. de Saint Martin que chez Martines de Pasqually des aspects qui travaillent l’intérieur en direction d’un accès supérieur à la liberté d’être, de penser, et oeuvrent à la construction d’un Corps de Gloire essentiel. L’Église gnostique se marie très bien avec ces pratiques, ouvrant sur la chevalerie autant que sur l’alchimie par la Voie Sacerdotale.

       Et je pense que toutes les formes d’initiation sont des entrées qui peuvent s’avérer déterminante dans l’évolution de l’être, mais que la forme n’a que peu d’importance : il suffit de choisir la forme qui convient le mieux à sa culture propre, qui permettra, à travers ses outils, d’atteindre réellement le fond véritable, qui est par-delà toutes les formes. Au bout de la maçonnerie, du plus haut degré du martinisme, il y a un nouvel apprentissage, celui de la dislocation définitive de l’ego.

       Alors peut commencer la véritable initiation : la confrontation au grand Tout et au grand Rien en même temps, la découverte de la Voie de la coïncidence, la voie christique par excellence.

 


             L. M. : Quels sont vos projets ?

 

         Je vais faire paraître en novembre 2013, chez Trajectoire, un gros livre sur les Saints, qui va révéler 78 paroles magiques jamais transmises. Il s’agit de paroles de guérison que nos traditions ont pu véhiculer à travers les siècles et qui étaient restées jusqu’à présent dans le secret. Je pense que participer d’une aide à l’élévation des âmes est aujourd’hui nécessaire, dans une époque trouble où les chemins intérieurs sont embrouillés sans nuance.

         Je prépare aussi une Histoire gnostique du Christ, qui apportera aussi son lot de révélations, mais, loin du sensationnel, sur le chemin d’accès à la voie propre, et les clés profondes de ces accès qui sommeillent dans notre culture.

         Une lecture des textes anciens doit être conduite sous un nouveau jour, sous la lumière de toutes les formidables découvertes archéologiques du XXème siècle, en particulier de l’incroyable trésor que représentent à nos yeux les écrits gnostiques de Nag-Hammadi. Une découverte bouleversante pour l’humanité qui ne livrera vraiment toute son ampleur que sous les années d’étude qui nous attendent maintenant.

        Et c’est sous ces aspects de recherche que tous les gnostiques du monde entier se donnent actuellement rendez-vous pour le premier grand Concile Mondial des Églises gnostiques qui se tiendra à Paris en 2017.