Lecture critique de la littérature maçonnique.

 

Par le frère Yoshio Washizu

 


 

         Introduction

   En tant que francs-maçons, nous sommes encouragés à progresser quotidiennement dans la connaissance maçonnique. L’information sur la Franc-Maçonnerie est disponible à partir de nombreuses sources telles que publications officielles de la Grande Loge, livres, périodiques, encyclopédies, CDs et enregistrements audios et vidéos, sans parler d’autres frères lettrés en personne, des loges d’instruction, des loges de recherche et de leurs séminaires, programmes de formation offerts dans certaines juridictions, etc. Dans les années récentes, Internet est devenu une autre source importante. On y trouve de nombreux sites maçonniques et des discussions animées se déroulent sur les forums maçonniques. Le problème est que l’information disponible depuis la plupart de ces sources n’est pas toujours actualisée ou correcte. Le simple fait que quelque chose soit dit par un frère ou trouvé dans un écrit maçonnique, y compris les articles de recherche, ne signifie pas nécessairement que ce soit vrai. Et le simple fait que quelqu’un ait écrit un livre ne fait pas toujours de lui une « autorité ».

    Le matériau imprimé est toujours une des sources majeures sur l’Art Royal. Dans l’optique d’enrichir sa connaissance maçonnique, on devrait lire abondamment. Et de la sorte, nous devrions raisonnablement être capables d’évaluer objectivement ce que nous lisons et en tirer nos propres conclusions raisonnées. En étant pleinement conscients qu’aucune manière de lire particulière n’est valable à l’identique pour chacun, cet article offre quelques indications sur la lecture critique de la lecture maçonnique pour les étudiants débutants. Certaines indications peuvent également s’appliquer à la lecture plaisir.

 

            La désinformation maçonnique

 

    En même temps que l’information maçonnique est largement disponible, la désinformation maçonnique est également en circulation. Le type de désinformation souvent observée comprend  les simples erreurs factuelles, les spéculations fantaisistes sur l’origine de la Franc-Maçonnerie, des interprétations tirées par les cheveux des termes maçonniques, les symboles, les décors et le rituel lui-même, d’affirmations erronées de personnes célèbres appartenant à notre fraternité ou ayant des liens de freternité avec d’autres groupes ou événements historiques, l’attribution sans fondement de problèmes variés au monde de la fraternité, etc. On trouve souvent l’information erronée dans les écrits de non-maçons incluant des auteurs anti-maçons, ce qui peut aller des supputations inexactes et involontaires, des fausses déclarations jusqu’aux récits malveillants et fabriqués de toutes pièces. On observe également de la désinformation dans les écrits de membres de notre fraternité  lorsqu’ils négligent d’examiner les éléments de preuve, qu’ils interprètent mal l’information disponible, expriment des jugements exagérés, tirent des conclusions absurdes, y compris de l’information hors-sujet ou fausse ou commettent d’autres erreurs.

    Un article intitulé “Faits et curiosités maçonniques” a paru il y a peu dans une publication d’une des obédiences maçonniques aux Etats-Unis, dans lequel d’assez nombreux  points intéressants ont été abordés. Cependant, certains d’entre eux contenaient des erreurs. On peut lire ce qui suit : « La plus ancienne loge, précédemment connue sous le nom Kilwinning n°1est maintenant connue sous le nom St Mary’s Chapel, cela fera 402 ans cette année en juillet 2001. Le bijou créé pour commémorer le 400ème anniversaire de la loge contient les mots « SIT LUX ET LUX FUIT » (« Que la Lumière soit et la Lumière fut ») et au-dessous « The Lodge of St Mary’s Chapel Edinburgh N°1 ». On admet généralement que c’est la plus vieille loge, constituée en 1599, mais la Grande Loge d’Ecosse en donne deux autres qui affirment remonter à 1598 : la « Lodge 0 Mother Kilwinning (Kilwinning, Aysrshire)  fondée avant 1598 et la « Lodge N°12, the Lodge at Melrose St. John (Roxburgh) », également de 1598.

     Forte d’une histoire de plus de 400 ans, la Loge d’Edimburgh (Mary’s Chapel) N°1, est en l’occurrence l’une des plus vieilles loges en  Ecosse ou dans le monde et constitue un sujet intéressant pour les historiens maçons. Le paragraphe précédent semble cependant avoir été écrit sans plus de vérification que cela. Cette loge n’a jamais été appelée ou connue sous le nom Kilwinning N°1. Elle a été mentionnée sous le titre « Edimburgh » dans les statuts Schaw de 1593 et le titre de « Loge d’Edimburgh » a été principalement utilisé pendant la plus grande partie du XVIIème siècle. Le titre « Mary’s Chapel » est mentionné pour la première fois dans ses compte-rendus du 25 novembre 1613 : «The qlk day in presens of ye decone of ye maissounis and ye haill rest of his brethren being convenit in ye maries chaipill in nidries wynd...». Les frères ont continué à se réunir à Mary’s Chapel jusqu’à ce qu’elle soit démolie en 1787. En 1770, la loge a adopté le nom de « Lodge of Edinburgh (Mary’s Chapel) » et elle a été au fil des ans mentionnée comme « The Lodge of Edinburgh » or « Mary’s Chapel » mais rarement en tant que « St. Mary’s Chapel ».

    Il n’existe aucune preuve démontrant que la Loge d’Edimburgh était constituée en 1599. Ses comptes-rendus remontent au  31 juillet 1599 et ne mentionnent pas sa fondation. Selon le Roll of Lodges (Liste des Loges) du Livre Annuel de la Grande Loge d’Ecosse publié annuellement, la date de sa fondation  est antérieure à 1598 et Mother Kilwinning ainsi que la Lodge of Melrose St. John furent également fondées avant 1598. Nous ne savons pas avec certitude laquelle est la plus ancienne. C’est donc une question insoluble de savoir si la Loge d’Edimburgh  peut être acceptée comme « la plus ancienne loge », bien que les statuts Schaw de 1599 disent « il a été jugé nécessaire, par Monseigneur le Surveillant général, qu'Edimbourg soit, pour toujours, comme elle l'était auparavant, la première loge d'Ecosse, que Kilwinning soit la seconde comme elle l'était auparavant, ce qui est absolument clair dans nos anciens écrits, et que Stirling soit la troisième loge, conformément à ses anciens droits. Comme en ce qui concerne la localisation de Mother Kilwinning « Aysrshire » devrait être « Ayrshire ». Le numéro de loge de la Loge de Melrose St. John est « N°1 » pas « N°12 ».

      Le suivant est un passage de l’Encyclopédie Microsoft Encarta 2001. L’article est censé avoir été revu par une autre obédience aux Etats-Unis : « Introduction : Franc-Maçonnerie, ordre fraternel le plus important et le plus largement établi dans le monde. Les guildes des maçons étaient originellement limitées aux tailleurs de pierre, mais avec l’achèvement des cathédrales au XVIIème siècle, et particulièrement en Angleterre pendant la Réforme, elles ont admis comme membres des hommes d’un certain statut financier ou social. Les guildes devinrent ainsi des sociétés consacrées aux idées générales, comme la fraternité, l’égalité ou la paix et leurs réunions devinrent sociales plutôt que l’occasion de parler affaire. Au moins quatre guildes, nommées loges, se sont unies à Londres, le 24 juin 1717 pour former une grande loge pour Londres et Westminster, laquelle, en l’espace de six ans, est devenue la Grande Loge d’Angleterre. Celle-ci est la loge « mère » des Francs-Maçons dans le monde et d’elle ont été dérivées toutes les grandes loges reconnues. La Grande Loge « Of all England » fut formée à York en 1725, celle d’Irlande enfin en juin de la même année et celle d’Ecosse en 1736. La structure d’York fut placée sous la juridiction de la Grande Loge de Londres ultérieurement au cours du siècle.»

    Contrairement à l’Ecosse il y a eu peu de loges opératives en Angleterre aux XVIème et XVIIème siècles et il n’y a aucune preuve que les loges opératives anglaises aient admis de non-opératifs de la manière décrite ci-dessus durant la Réforme, c’est-à-dire au XVIème siècle. Il est erroné de désigner ces quatre loges ayant fondé la première Grande Loge comme quatre guildes. D’après le New Book of Constitutions de 1738, nous pouvons admettre que la première Grande Loge a été formée le 24 juin 1717 – et non six ans plus tard. Concernant l’affirmation selon laquelle « Cette structure [la première Grande Loge ] est la grande loge « mère » des Francs-Maçons du monde entier, et d’où toutes les Grandes Loges ont été dérivées », on doit remarquer que, tandis que les frères de York, Irlande et Ecosse ont ou ont pu être incités à former leur propre Grande Loge en conséquence de la fondation de la Grande Loge de Londres, la Grande Loge « of all England » à York et la Grande Loge d’Ecosse ne se sont pas directement développé à partir de la première Grande Loge et que nous ne savons pas quand ou comment la Grande Loge d’Irlande a vu le jour. Une ancienne loge d’York qui avait existé avant la formation de la première Grande Loge est parvenue à revendiquer le statut de Grande Loge en 1725 mais elle disparut dans les années 1790. Nous n’avons aucun renseignement sur l’origine de la Grande Loge d’Irlande si ce n’est que grâce à une mention dans un article du quotidien The Dublin Weekly Journal en date du 26 juin 1725, nous savons qu’elle était en fonctionnement en 1725 et en inférons qu’elle existait déjà depuis quelque temps auparavant. La Grande Loge d’Ecosse n’était pas « maternée » par la première Grande Loge mais par des loges locales.

     Dans le même article de l’Encyclopédie Encarta, il est fait référence à la Franc-Maçonnerie américaine. Nous y trouvons de nouveau une affirmation erronée : « Les Francs-Maçons représentent aujourd’hui les trois quarts du nombre total de membres de par le monde, l’affiliation mondiale dépasse 6 millions » Cela revient à dire qu’il y a plus de 4.5 millions de francs-maçons rien qu’aux Etats-Unis. Mais aujourd’hui, la population maçonnique représente moins de la moitié de ce chiffre.

    Comme Czerza l’a dit : « Lorsque nous exagérons, nous nous blessons nous-mêmes de nombreuses manières. Nos membres sont induits en erreur, et il répète cet élément et perpétuent la désinformation. Les profanes rient de nous et considèrent nos affirmations comme de la vantardise pour s’assurer un prestige injustifié.

 

La Quatuor Coronati Lodge, cautionnée par la Grande Loge Unie d’Angleterre, est la première loge de recherche maçonnique fondée en 1884. Son adhésion s’effectue par cooptation et est limitée à 40 membres.

L’adhésion au  Correspondence Circle est ouverte à tous les maîtres maçons en règle.

 

A demain sur Lettres Maçonniques pour la suite.