« Tout la morale sociale est là : instruisez-vous, instruisez les autres ».

«Franc-Maçonnerie : Association philanthropique, secrète autrefois, qui fait un emploi symbolique des instruments à l'usage de l'architecte et du maçon, et dont les lieux de réunion sont appelés loges.

Fig. Sentiment de sympathie qui naît facilement entre gens de même profession, de mêmes idées. Il y a une sorte de franc-maçonnerie entre les artistes ».

Emile Littré

Photo de M. Emile LITTRE, ancien sénateur

     Emile Littré, dont le Dictionnaire de la langue française, surnommé Le Littré, est la bible des lettrés est un franc-maçon du XIXème siècle.

     Né à Paris le 1er février 1801 et mort de même le 2 juin 1881 fut lexicographe, philosophe et homme politique.

     Après avoir été éduqué par des parents libre penseurs et amoureux des grands révolutionnaires, le jeune Maximilien Emile intègre le lycée Louis le Grand où il est condisciple de Louis Hachette et où il reçoit plus de cent volumes de prix de fin d’étude selon la légende.

     Hésitant sur sa profession, il apprend, parle et écrit plusieurs langues européennes, découvre le sanskrit ou l'arabe et devient le secrétaire du comte Daru, membre de la loge Sainte Caroline où il devait également faire entrer un certain Henri Beyle, dit Stendhal.

     Il se décide en 1821 pour la médecine à laquelle il consacre huit années de sa vie mais renonce à passer le doctorat après la mort de son père. Il commence des leçons de grec, de latin et de mathématiques pour subvenir aux besoins familiaux.

     Fervent républicain, il est sur les barricades de 1830 pour chasser Charles X avant d’entrer au journal Le National om il est chargé de lire les journaux allemands et anglais pour y trouver des extraits intéressants. Il commence à écrire en 1835 dans La Revue des Deux Mondes, fait paraître en 1839 sa traduction et édition des travaux d’Hippocrate qui lui vaut d’être élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1832.

     Découvrant par hasard les travaux du positiviste Auguste Comte dont la lecture constitua « le point cardinal de [s]a vie », il deviendra un des amis du philosophe dont il vulgarisa les idées.

     Faisant d’abord bonne accueil à la Révolution de 1848, il démissionne rapidement de son poste de conseiller municipal de Paris et refuse la légion d’honneur.

     A l’écart du Troisième Empire, il se consacre à des travaux littéraires et scientifiques.

     En 1863, il est proposé à l’Académie Française mais écarté suite à l’opposition de Monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, le dénonçant dans son Avertissement aux pères de famille comme le chef de file des matérialistes.

     Elu par le département de la Seine  à l’Assemblée Nationale en 1871, il s’opposera au septennat ou soutiendra l’amendement Duprat demandant l’élection du Sénat au suffrage universel. Peu éloquent, il ne participa pas aux débats parlementaires et ne monta jamais à la tribune. Il entre finalement à l'Académie française le 30 décembre 1871 d'où Monsiegnuer Dupanloup démissionne, refusant de siéger aux côtés d'un «matérialiste, socialiste, athée ».

     La rédaction de son dictionnaire, promesse de jeunesse à Louis Hachette, dura de 1847 à 1865, l’impression commençant en 1859 pour s’achever en 1872 après une intervention pendant la guerre franco-prussienne. Un travail titanesque et méthodique de plus de 450 000 feuillets. Une interprétation des mots y est donnée fondée sur les divers sens du mot dans l’histoire avec des exemples extraits des œuvres des auteurs anciens et modernes.

     Le 8 juillet 1875, les francs-maçons organisent solennellementson initiation, conjointe à celle de Jules Ferry,  par le Grand Orient de France et  font la publicité du discours prononcé par Littré, « saint laïque », le jour de son initiation. La salle de la rue Ccadet, qui ne peut en contenir que 2000, accueille 8000 personnes, Arago, Louis Blanc, Edmond About entourent le récipiendaire. Gambetta et Paul Bert se revendiqueront les disciples de celui qui contribua à assurer la victoire de la démocratie. De santé fragile, Littré ne reviendra pas en loge. Comme l'écrit  Alain Bauer dans son Diciotnnaire amoureux de la Franc-maconnerie (ed.Plon, 2010), «[Littré adhérait moins à la franc-maçonnerie que la franc-maçonnerie ne lui rendait hommage en l'admettant dans son sein »,

     Sénateur inamovible auprès de la gauche modérée, il écrivit des articles politiques dénonçant l’entente des Orléanistes et des Légitimistes, se prononçant en faveur de la République.

     Matérialiste convaincu, « sans regret d’être en dehors d[es] croyances, il se convertira peu avant sa mort, sans recevoir le baptême.

     Dans les années suivant son passage à l'orient éternel, de nombreuses loges du Grand Orient adoptèrent la philosophie positiviste.

    Le Grand Maçon de la Grande Loge de France, Antonio Coen avait créé le cercle littéraire Condorcet-Littré, devenu, après la seconde guerre mondiale, le cercle Condorcet-Brossolette.

     Jean Hamburger lui consacre un ouvrage en 1988 intitulé Monsieur Littré aux éditions Flammarion.