Rudyard Kipling

 

(1865-1936)

 

Journaliste, poète, romancier à l’œuvre considérable, Kipling reçoit le Prix Nobel 1907 en hommage « au plus grand génie que cette nation [l’Angleterre] ait jamais produit dans le domaine de la narration ».

Né à Bombay, capitale des Indes britanniques, élevé à Portsmouth, le jeune Rudyard ne témoigne pas d’aptitude quelconque pour les études.

Après avoir obtenu par son père un emploi d’assistant dans un journal de Lahore, le talentueux Kipling publie vite des dizaines de nouvelles.

C’est à Londres que sa carrière littéraire commence vraiment et marié, séjournant aux Etats-Unis ou voyageant en Afrique du Sud, il ne cessera plus d’écrire.

Ses livres pour la jeunesse comme Kim ou Le Livre de la jungle remportent un succès immédiat et durable comme en attestent les multiples adaptations cinématographiques

Il est initié en Inde en 1886 au sein de la loge Hope and Perseverance et affilié ensuite à Independence with Philantropy n°391 à Allahabad, aux loges londoniennes Builders of the Silent City n°4948 et Authors n°3456.

Il évoque ses débuts en maçonnerie avec nostalgie dans le poème La Loge Mère.

 

Il y avait Rundle, le chef de gare,
Beazelay, des voies et travaux,
Ackman, de l'intendance,
Donkin, de la prison,
Et Blacke, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee,
Qui tenait le magasin "Aux Denrées Européennes".

Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »,
Dedans, c'était : « Mon Frère », et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre,
Moi, j'étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !

Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le Juif d'Aden,
Din Mohammed, du bureau du cadastre,
Le sieur Chuckerbutty,
Amir Singh, le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain !

Nos décors n'étaient pas riches,
Notre temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée souvent me revient à l'esprit :
Au fond, il n'y a pas d'incrédules,
Si ce n'est peut-être nous-mêmes !

Car tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer
(Nous n'osions pas faire de banquets
de peur d'enfreindre la règle de caste de certains frères)
Et nous causions à cœur ouvert de religions
Et d'autres choses
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu'il connaissait le mieux.

L'un après l'autre, les Frères prenaient la parole
Et aucun ne s'agitait.
Jusqu’à ce que l’aurore réveille les perroquets
Et le maudit oiseau porte-fièvre ;
Comme après tant de paroles,
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors,
Mes pas errants au service du gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l'Orient à l'Occident
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour.
Mais comme je voudrais les revoir tous
Ceux de ma Loge-Mère, là-bas!

Comme je voudrais les revoir,
Mes Frères noirs ou bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l'allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l'office,
Et me fait retrouver Parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d'autrefois.

Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »
Dedans, c'était : « Mon Frère », et c'était très bien ainsi.
Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l'Equerre,
Moi, j'étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas !

File:Lahore masonic temple.jpg 

 La loge de Lahore où il fut initié par dispense à  moins de 21 ans

a disparu en 1914 et a été remplacée par ce bâtiment, le temple maçonnique n°2370.